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« Verbiage » et « bien-dire » : les métamorphoses du langage dans les Mémoires de Saint-Simon

Delphine Mouquin-de Garidel

Mouquin-de Garidel, Delphine, "« Verbiage » et « bien-dire » : les métamorphoses du langage dans les Mémoires de Saint-Simon", Dix-huitième siècle 1/2012 (n° 44), p. 545-559.

Extrait de l’article

Les Mémoires du duc de Saint-Simon bruissent de l’écho des conversations versaillaises. « J’ai dit que », « on m’a dit que », « j’ai entendu dire que » : ces trois locutions pourraient servir à introduire les faits rapportés dans les Mémoires de Saint-Simon, et seraient certainement plus nombreuses que les « j’ai vu que », tant cette œuvre est avant tout un récit de paroles, écoutées, surprises, prononcées, écrites. Les courtisans, et Saint-Simon au premier chef, sur le qui-vive, guettent les mots tombés de la bouche des grands, pour les interpréter ; et ceux qui tombent des lèvres de leurs égaux, pour s’en réjouir ou s’en moquer. Plus encore que les mots, c’est le langage d’autrui, en tant qu’il est constitué de signes, d’intonations, de réticences, qui fait l’objet d’une interprétation active et constante. On pense aux trois audiences accordées par Louis XIV (I, 584-585 ; II, 413-416 ; III, 702-708) : rappelant ses entrevues avec le Roi, Saint-Simon est remarquable dans la précision d’un récit qui porte sur le langage du monarque, au sens large. L’air du Roi, son ton, ses manières, forment avec les paroles un ensemble rendu dans les moindres nuances, et déchiffré pour le bénéfice du lecteur.

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