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Sens et fonction de l’anecdote chez Montesquieu

Catherine Volpilhac-Auger

Volpilhac-Auger, Catherine. Sens et fonction de l’anecdote chez Montesquieu, Cahiers Saint-Simon, n° 23, 1995. Anecdotes et historiettes, p. 33-39.

Extrait de l’article

Si Montesquieu n’est pas à proprement parler un anecdotier, il ne s’en est pas moins livré sans réticence au plaisir de l’anecdote. On en glane ici ou là maint exemple, et nulle part ailleurs davantage que dans le Spicilège. Mais notre intérêt de lecteur pour l’anecdote ne restera pas anecdotique, car envisager sous cet angle l’œuvre de Montesquieu revient à poser un vaste problème historiographique qui contribuera peut-être à éclairer certains aspects de sa pensée et jettera, du moins l’espère-t-on, quelques lueurs sur l’activité de ses prédécesseurs ou de ses contemporains anecdotiers.

Nous nous intéresserons particulièrement au Spicilège, recueil de réflexions personnelles et de citations, empruntées à des périodiques (de 1718 à 1749), qui portent essentiellement sur des questions diplomatiques ou économiques. Y entrent aussi des comptes-rendus de conversations, des listes d’ouvrages à acheter ou à lire, comme dans les Pensées , ainsi que des recettes contre les dartres (n° 344) ou pour les yeux (n° 342). C’est dire la diversité d’une matière qui ne semble relever d’aucun ordre thématique et dont la chronologie est délicate à établir. Que Montesquieu en ait fait le réservoir et surtout le laboratoire de son œuvre publiée (ainsi qu’un aide-mémoire) n’est pas douteux. Qu’il n’ait pas été destiné à la publication semble aussi tout à fait certain. L’auteur de L’Esprit des lois y trouve l’occasion de dialoguer avec lui-même ; s’il recueille des faits choisis, il ne vise pas à les accumuler : il ne les retient que pour stimuler une pensée en train de naître ou de trouver sa formulation. C’est donc moins un recueil élaboré qu’une suite de faits méritant d’être retenus et dont la première qualité est d’avoir attiré l’attention de celui qui les a notés au fur et à mesure.

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