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La perception de l’éducation reçue à Saint-Cyr (1686-1719)

Dominique Picco

Picco, Dominique, « La perception de l’éducation reçue à Saint-Cyr (1686-1719) », Dix-septième siècle 4/2010 (n° 249), p. 729-746

Extrait de l’article

« Quel avantage n’est-ce point pour une famille aussi pauvre que noble, et pour un vieux militaire criblé de coups, après s’être ruiné dans le service, de voir revenir chez lui une fille bien élevée, sans qu’il lui en ait coûté pendant treize années qu’elle a pu demeurer à Saint-Cyr, apportant même encore un millier d’écus qui contribuent à la marier, ou à la faire vivre en province. Mais ce n’est là que le moindre objet de cet établissement : celui de l’éducation que cette demoiselle a reçue, et qu’elle répand ensuite dans une famille nombreuse, est vraiment digne des vues et de l’esprit de Madame de Maintenon. »

Ce passage des Souvenirs de Mme de Caylus est l’un des rares jugements qui nous soit parvenu sur l’éducation reçue à Saint-Cyr à la fin du XVIIe siècle. La Maison royale de Saint Louis, fondée en 1686 par Louis XIV et installée au bout du parc du château de Versailles à Saint-Cyr, est réservée aux fillettes de la vieille noblesse désargentée. Cette institution éducative, unique en France, diffère sur bien des points des autres couvents où sont alors élevées les filles nobles. Sa création se situe à la croisée des préoccupations éducatives et charitables de Mme de Maintenon et des objectifs politiques de Louis XIV. La marquise qui a souffert d’une éducation négligée a déjà, au milieu des années 1680, une expérience d’éducatrice en tant que gouvernante des enfants de Louis XIV et de Mme de Montespan et comme protectrice de plusieurs structures vouées à l’éducation des filles pauvres. Pour le monarque, à travers les 250 places offertes, il s’agit de remercier la noblesse, en particulier celle qui a été touchée dans sa chair ou dans ses finances par les guerres qui se succèdent depuis le début de son règne personnel. Récompenser, gratifier par des pensions ou des privilèges est aussi pour le souverain le moyen de fidéliser sa noblesse. Enfin, cette fondation a une dimension pieuse puisqu’élèves et maîtresses prient chaque jour pour le repos de l’âme des souverains de la dynastie, en particulier pour celle de la reine Marie-Thérèse, morte en 1683 ; plus tard, elles uniront en leurs prières le couple des fondateurs, Louis XIV et Mme de Maintenon.

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