Accueil / Actualités et liens utiles / Événements / Colloques et journées d’études / 4 mai 2018, Toulouse : Culture galante et (...)

4 mai 2018, Toulouse : Culture galante et sigisbéisme en Europe durant le long XVIIIe siècle

Université Toulouse Jean-Jaurès, FRAMESPA (France, Amériques, Espagne – Sociétés, Pouvoirs, Acteurs)

Organisation :
Azzurra Mauro (Université Toulouse Jean-Jaurès)
Matthieu Magne (Université Toulouse Jean-Jaurès/Université Nice Sophia-Antipolis – CMMC)

Le XVIIIe siècle italien a vu s’épanouir le « sigisbé » (« cicisbeo »), un chevalier servant qui avait le devoir de rester auprès d’une dame, avec le consentement de son époux, afin de l’accompagner dans ses activités quotidiennes. Cette pratique pose la question de l’expression de la culture galante et de ses transformations sous l’effet du libertinage de la fin du XVIIIe siècle, puis des bouleversements de l’ordre politique, social et moral au cours de la décennie révolutionnaire et des campagnes napoléoniennes.

Le sigisbé est une de ces figures ambigües de la fin de l’époque moderne. L’abbé Galiani l’introduit dans ses discours sur l’amour, interrogeant ainsi le sigisbéisme sous l’angle de la relation conjugale et des pratiques matrimoniales à l’heure où les femmes jouaient un rôle central dans les pratiques de sociabilité. Au cœur de la tension entre l’espace domestique et la présence publique de la dame, le sigisbéisme fut aussi une pratique de régulation entre les familles détentrices d’un pouvoir foncier et politique. Il s’agit ici de partir des différentes interprétations de cette pratique pour développer une réflexion sur la manière de penser la civilité et le mariage au regard des normes de l’ancien régime.

Cette problématique des rapports entre individu, famille et société se situe au croisement entre morale privée et construction des identités nationales[1]. « L’image domestique et familière du chevalier servant[2] » fait l’objet de nombre de descriptions et parfois de déformations de la part des voyageurs. Le sigisbéisme est souvent présenté comme une coutume spécifiquement italienne, dont l’origine appelle encore bien des éclaircissements, en insistant sur la circulation des modèles à l’échelle européenne.

La nouvelle morale individuelle et familiale de la société post-révolutionnaire, entraîna la crise du sigisbéisme. À peine arrivé à Venise en 1816, le comte de Clary-Aldringen entendit « sur la Sigisbeatura des choses que je croyais entièrement passées de mode et qu’on prendrait pour des fables ». La coutume était alors sous le feu de la critique de Sismondi qui en fit le symptôme d’une déviance morale inséparable de l’histoire de la Péninsule. Elle apparaît donc comme un objet historique de premier ordre pour étudier un processus de normalisation sociale porteur de lourds enjeux politiques. Cette journée d’étude a pour objectif de mettre en rapport la construction d’un imaginaire du sigisbé avec les aspects très concrets de la culture matérielle, en particulier autour du corps et de sa représentation.

L’ambiguïté qui entoure le chevalier servant renvoie plus largement à celle de la culture galante, en tension entre l’idéal de l’honnête homme et la malicieuse ironie des libertins. Thème littéraire et pictural omniprésent depuis la fin du XVIIe siècle, la belle galanterie fut élevée au rang d’art dans les cours qui servirent de vecteurs à sa promotion. Les usages du terme mettent en évidence la thématique de la séduction, dont les différents aspects seront abordés. Le passage des Lumières au romantisme est marqué par une relecture de l’idéal courtois et des codes de l’honneur, nourrie par la fascination pour le Grand Siècle et le succès des romans de chevalerie. Elle participe à l’émergence de nouveaux modèles de la virilité et de la féminité. Les héritages de cette culture ne disparurent pas pour autant, conduisant à s’interroger sur les manifestations d’une galanterie réinventée dans l’Europe post-révolutionnaire.