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L’exercice de la rémission et la construction étatique (France, Pays-Bas)

Michel Nassiet, Aude Musin

Nassiet, Michel, Musin Aude, « L’exercice de la rémission et la construction étatique (France, Pays-Bas) », Revue historique, 2012/1 (n° 661), p. 3-26.

Extrait de l’article

Le droit de pardonner, comme celui de punir, est au cœur de l’autorité, et dès lors qu’il est devenu un attribut de la souveraineté, l’octroi de la grâce a été un moyen de construction étatique. L’exercice du pardon crée en effet un « dialogue » entre le souverain et le peuple : la miséricorde du premier transforme l’effusion de sang en rédemption collective et le désordre en ordre. Dans un cercle large autour du gracié en question, le pardon princier « crée chaque fois une affection chaleureuse envers lui ». Aussi, pour l’historien, les pratiques du pardon peuvent-elles être un révélateur sur la nature du lien politique entre le prince et ses sujets, et sur le processus de construction étatique. C’est ce que nous nous proposons d’analyser ici, du XVe au début du XVIIe siècle, avec un double parti méthodologique. D’une part, nous procéderons à une comparaison entre le royaume de France et les Pays-Bas, deux entités politiques voisines où la procédure du pardon princier présentait beaucoup d’analogies. De l’autre, et sans que ce soit bien sûr de façon exclusive, nous serons particulièrement attentifs aux aspects quantitatifs, c’est-à-dire aux variations des nombres de pardons dans le temps et dans l’espace. Ces variations sont loisibles en effet d’interprétations diverses, et cette pluralité d’interprétation pose des problèmes qui méritent d’être discutés. Comme les lettres de rémission constituent une source privilégiée pour l’histoire de la criminalité et de la violence, cette discussion ne sera pas sans enjeux quant aux problèmes qui nécessitent des mesures dans l’espace et le temps, c’est-à-dire la comparaison de la violence et de la criminalité entre des régions, d’une part, et le problème de leurs évolutions, de l’autre.

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