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La guerre n’existe pas sur la terre de France au XVIIIe siècle…

Arlette Farge

Farge, Arlette, La guerre n’existe pas sur la terre de France au XVIIIe siècle…, Politix, vol. 15, n° 58, Deuxième trimestre 2002. Guerres et paix, sous la direction de Annie Collovald et Pierre Lascoumes, p. 83-88

Extrait de l’article

À ce titre provocateur et pourtant fidèle à la réalité, il faut ajouter immédiatement la présence forte de la guerre dans la vie des hommes et des femmes du siècle des Lumières. Trois grands conflits marquent le siècle et rythment le temps de l’époque, tandis que Louis XV est appelé le Roi pacifique. Tout en fait se passe aux frontières : c’est d’abord la guerre de succession de Pologne, qui dure de 1733 à 1738, puis celle de succession d’Autriche, entre 1741 et 1748, enfin la Guerre de Sept Ans, longue et meurtrière, qui s’étend de 1756 à 1763. Guerre des princes, dit-on, ou en dentelles, scandée par des sièges interminables et des levées de soldats. L’opinion publique, celle des élites, ne s’en effarouche guère, pourtant les populations s’en plaignent, le peuple aussi.

Dans les archives conservées à la Bibliothèque nationale ou à celle de l’Arsenal, de nombreux mémoires manuscrits et anonymes témoignent de la préoccupation des Français. Finalement, l’acte militaire reste un des premiers de tous ceux adoptés par la monarchie et l’absolutisme, avec finesse et fermeté, et fait admettre de nouvelles formes d’art militaire, car l’armée pose bien des problèmes. Ils sont de recrutement, de discipline et d’échecs répétés. La société emprunte le chemin des guerres, parcourt les guerres comme on suit un chemin traditionnel de façon obligée, et le droit royal de lancer des troupes pour aller à l’assaut d’autres peuples et s’assurer des successions difficiles est un droit sans retenue. Qui pose problème : les mémoires insistent sur le mauvais fonctionnement des armées, leur entraînement précaire, la vie mortifère d’hôpitaux où l’on meurt plus vite que sur le champ de bataille. La désertion est chose courante et l’on s’interroge tout au long du siècle sur ce fléau qu’il faudrait éradiquer. Plus l’on est sévère à propos d’elle, plus elle existe et répand parmi les campagnes des soldats sans foi ni loi. Les levées de troupes par recrutements forcés ou tirage au sort effraient les populations des campagnes, et les gravures, autant que les écrits, les textes, les pamphlets sont remplis de ces scènes ressenties comme humiliantes ou injustes. Ainsi les traités de réforme militaire abondent-ils : on veut transformer et l’armée et sa discipline, renouveler ses stratégies et sa technologie.

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