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Una McIlvenna : Scandal and Reputation at the Court of Catherine de Medici

Véronique Garrigues

Véronique Garrigues, "Una McIlvenna : Scandal and Reputation at the Court of Catherine de Medici. Compte rendu", Paris, Cour de France.fr, 2019. Compte rendu publié le 2 février 2019 (https://cour-de-france.fr/article5265.html).

Una McIlvenna, Scandal and Reputation at the Court of Catherine de Medici, London and New York, Routledge, 2016, 224 p.

Le livre d’Una McIlvenna interroge la place des femmes à la cour de France au cours du règne des derniers Valois et des guerres de religion. Tout au long de son ouvrage, elle s’attache à déconstruire le mythe de « l’escadron volant » de Catherine de Médicis, après avoir analysé ses origines dans une long chapitre introductif.
De nombreux pamphlets disqualifient déjà l’action et la figure royale de son vivant mais c’est en 1695, dans un tout autre contexte qu’apparaît le que l’expression « d’escadron volant » est utilisée pour la première fois dans un ouvrage anonyme sur les Amours de Henri IV [1]. Celle-ci désigne des femmes de la cour qui useraient de leur charme pour séduire les adversaires politiques de Catherine de Médicis devenue Régente, et l’expression alimente depuis lors la légende noire et la réputation machiavélique de l’italienne.
Pour comprendre la mécanique pamphlétaire et la généalogie du mythe qui entoure ce groupe de femmes dans l’espace curial, Una McIlvenna s’appuie principalement sur des sources imprimées contemporaines [2], et décortique leur circulation dans les espaces proches du pouvoir royal comme le Parlement de Paris. Elle insiste sur le processus de publicisation de l’information et ses modalités (que l’on pourrait mettre en parallèle avec les Mazarinades un siècle plus tard). Deux chapitres décryptent la littérature satirique qui se déchaîne contre les femmes à la cour : les rumeurs et les accusations scandaleuses qui pouvaient circuler sont mélangées à des affirmations de déviance sexuelle et attaquent les mœurs de la cour de France. Les libelles, pamphlets, chansons, prêches sont interrogés à l’aune du genre. Pour l’auteure, cette écriture largement masculine a plus pour fonction de divertir que d’informer. Elle permet à leurs auteurs d’étaler leurs compétences littéraires aux yeux de leur pairs (parlementaires, clercs, courtisans) au détriment des femmes ridiculisées par des propos obscènes.
Allant de pair avec cette critique de « l’escadron volant », les contemporains remarquent, soulignent la féminisation grandissante de la cour au XVIe siècle. Pour mieux comprendre la question de la place des femmes, Una McIlvenna interroge le lien entre leur participation croissante à la vie curiale et leur réputation à partir de trois affaires impliquant des dames de la cour, qui ont scandalisé les contemporains au cours des années 1560-1570 : Isabelle de Limeuil, Françoise de Rohan et Anne d’Este. Ces femmes ne sont pas des inconnues pour les historiens du XVIe siècle et les sources convoquées ont déjà été exhumées. Toutefois, l’auteure se penche avec raison sur les mécanismes de la destruction de réputations, dessinant a contrario les normes sexuelles attendues pour une femme à cette époque.
Isabelle de Limeuil, maîtresse du prince protestant Condé (Louis 1er de Bourbon), donne naissance à un bâtard en 1564. Écartée de la cour et enfermée dans un couvent, elle est également accusée d’avoir voulu empoisonner son amant. L’étude montre tous les recours mis en œuvre par Isabelle de Limeuil pour défendre sa réputation alors que son histoire personnelle prend une dimension politique et religieuse. Dans le contexte des guerres de religion, le parti protestant ne pouvait accepter le mariage de son chef avec une catholique, qui se doublait d’une mésalliance entre un prince de sang et une femme de petite noblesse.
Suite à un cas d’adultère sur fond de conflits religieux, celui de Françoise de Rohan symbolise les femmes dupées. En 1556, elle reçoit une promesse de mariage de la part du duc de Nemours, Jacques de Savoie. Un enfant illégitime naît de leurs amours mais l’amant refuse le mariage promis. Pour retrouver son honneur et donner une position à son enfant, Françoise de Rohan porte l’affaire en justice. Le titre du chapitre, « Word of Honour », résume la démonstration de l’historienne anglaise qui insiste sur l’oralité dans la culture aristocratique au XVIe siècle. Elle montre que le scandale arrive car la parole donnée n’est pas respectée, dans un contexte où portant les mots font et défont les réputations.
À Anne d’Este, déjà deux fois veuve, il est reproché de ne pas se comporter comme une mère endeuillée après l’assassinat de ses deux fils de Guise en 1588. Elle prend alors la tête de la vendetta familiale et devient une figure incontournable de la Ligue. Elle y participe en organisant et en transmettant des informations au cœur de la capitale, notamment par la rédaction des sermons lus ensuite dans les églises parisiennes. Ses adversaires répondent avec des accusations obscènes de lubricité afin de discréditer son action politique. En tant que femme, son arme ne peut être, aux yeux de ses détracteurs, que la séduction.
Attachées à la reine par leur fonction ou connues pour leur proximité avec la Florentine, ces trois femmes ont été ridiculisées, non pour leurs véritables actions, mais en étant renvoyées à leur condition de femmes et à leur honneur sexuel. À juste titre, Una McIlvenna (p.195) fait un parallèle avec les attaques subies par Marie-Antoinette quelques années avant la Révolution. Les caricatures ont remplacé les pamphlets, néanmoins, dans les deux cas, réputation et scandale sont genrés : aux hommes cocus font écho l’adultère féminin et son arme de prédilection, le poison.
Le mérite du livre d’Una McIlvenna est d’avoir décortiqué finement les stéréotypes projetés sur l’entourage féminin de Catherine de Médicis qui ont mené au scandale et provoqué des accusations calomnieuses. En s’appuyant sur les travaux de David LaGuardia (Intertextual Masculinity in French Renaissance Literature - 2008), l’auteure montre la genèse d’une culture de l’imprimé très androcentrée, qui a construit, puis imposé une réputation collective aux femmes, pour dénoncer le danger que représenterait le pouvoir politique des femmes.
On pourra regretter que le statut de veuve ou de célibataire ne soit pas davantage étudié comme facteur favorisant ou non la mauvaise réputation d’une femme. De même, l’analyse aurait gagné à être plus finement contextualisée. Il est utile d’identifier le flux d’informations comme étant bien circonscrit à un espace parisien, masculin et lettré, mais il aurait été judicieux de le mettre en regard avec l’activité législative du moment, aussi. Ce sont sans doute les mêmes hommes, proche du Parlement et de la basoche, qui sont amenés à juger les procès sur les mariages clandestins et les grossesses illégitimes ; les mêmes hommes qui sont également impliqués dans les conflits de juridiction entre les tribunaux ecclésiastiques et civils traitant d’affaires de séduction ou de violences sexuelles dans ce contexte post-tridentin. Des travaux récents sur l’histoire de l’illégitimité pourraient sans doute éclairer, en apportant une chronologie plus fine, les propos calomnieux proférés à l’égard des femmes de la cour [3].
Ce livre ouvre de nouvelles perspectives sur l’histoire de la faveur au féminin et sur le genre du scandale. Les accusations portées contre l’entourage de Catherine de Médicis imposent à la Régente de protéger ou d’exclure ces princesses de la cour afin de préserver la réputation collective de sa maison, alors que le roi a toute latitude pour intervenir dans le déroulement judiciaire de ces affaires misogynes.
Ce livre invite les historiens à poursuivre l’étude des réseaux féminins à la cour, et plus généralement à approfondir une approche genrée de la sphère du politique.

Notes

[1Les Amours de Henri IV. Roy de France, avec ses lettres galantes & les réponses de ses Maîtresses, Cologne, 1695.

[2Il s’agit des journaux et des mémoires des contemporains ainsi que l’édition des correspondances des principaux acteurs et actrices de la Cour : rois et régente et leur famille, diplomates.

[3Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016. Sylvie Steinberg, Une tache au front. La bâtardise aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, Albin Michel, 2016.