Accueil / Histoire et fonction / Relations nationales et internationales / Etudes modernes / Un Français à la cour du Morho Naba

Un Français à la cour du Morho Naba

Olivia Guérin

Olivia GUÉRIN, « Un Français à la cour du Morho Naba », Mots. Les langages du politique, 82, 2006

Extrait de l’article

Un certain nombre de travaux récents s’intéressent à l’emprunt non plus dans la perspective traditionnelle d’une sémantique lexicale (dans la lignée de Louis Deroy, 1956), mais dans le cadre d’une sémantique énonciative et discursive, où l’emprunt est analysé comme le lieu d’émergence d’un point de vue. C’est dans cette seconde perspective que se situe notre approche de l’emprunt, qui tente plus particulièrement de mettre en relation le fonctionnement de l’emprunt avec un questionnement de type générique ; nous nous intéressons en effet à un genre discursif qui se révèle particulièrement accueillant à l’égard de l’emprunt : le récit de voyage. Discours produits en situation de contact de cultures, les récits de voyage permettent en effet une riche moisson de termes empruntés aux langues locales que croise le voyageur (les dénominations locales étant réputées être les plus adéquates pour désigner les réalités exotiques), en particulier dans le domaine de la description de structures sociales et politiques qui, au premier regard, ne semblent pas correspondre aux hiérarchies existant dans la société d’origine du voyageur. Mais ce qui caractérise plus encore l’emprunt dans le récit de voyage, c’est qu’il s’inscrit dans cette dialectique du même et de l’autre propre aux discours de l’altérité culturelle : alors même qu’il semble donner la parole aux sujets culturels que le voyageur décrit, il fait très généralement de sa part l’objet d’une réappropriation, et nous en dit ainsi bien plus sur les représentations qui ont cours dans la société du voyageur que sur celles qu’il est censé décrire (Guérin, 2004). Plus particulièrement, les gloses adjointes aux emprunts opèrent une « déterritorialisation-reterritorialisation » des réalités exotiques décrites et des pratiques sociales de l’Autre, en opérant de forts déplacements des significations des termes empruntés.

Lire la suite (journals.openedition.org)