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Émotion religieuse et ordre monarchique. Du prince et des passions humaines chez les Feuillants au début du XVIIe siècle

Benoist Pierre

Benoist Pierre, "Émotion religieuse et ordre monarchique. Du prince et des passions humaines chez les Feuillants au début du XVIIe siècle", dans Hypothèses, année 2001, numéro 1, pp. 335-344.

Extrait de l’article

Dans le royaume de France, les guerres de Religion ont relancé le débat sur la nécessaire maîtrise des émotions et des passions en politique. La redécouverte des œuvres stoïciennes de Sénèque, Épictète et Marc Aurèle dès le milieu du XVIe siècle en fut l’un des signes les plus notoires. Dans la première moitié du XVIIe siècle, la théologie morale s’empara, à son tour, du thème et en fit un des points centraux de sa réflexion en rejetant la philosophie païenne ou en tentant de l’assimiler à l’orthodoxie catholique. Nés d’une réforme cistercienne, organisés en congrégation autonome dès la fin du XVIe siècle, les Feuillants se penchèrent souvent sur cette question du contrôle de la sensibilité et des émotions à des fins spirituelles et mystiques. Par un transfert de l’anthropologie monastique à la cosmologie et au politique, cette thématique fut aussi celle qu’ils proposaient aux laïcs impliqués dans les affaires du monde. Pour bien agir en politique, l’homme d’action se devait de contenir son désordre intérieur, ses penchants naturels à la sédition et à la désobéissance civile. Or, en dépit d’un discours sur la nécessaire maîtrise des passions dans tous les champs de l’activité humaine, les Feuillants n’hésitèrent pas à jouer eux-mêmes sur les ressorts de l’émotion religieuse pour diffuser une pensée politico-religieuse favorable à l’absolutisme monarchique.

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