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« Ci-gît notre invincible roi… ». Epitaphes satiriques sur la mort de Louis XIV (2e ensemble)

Henri Duranton (éd.)

Comment citer cette publication :
Henri Duranton (éd.), « Ci-gît notre invincible roi… ». Epitaphes satiriques sur la mort de Louis XIV (2e ensemble), Paris, Cour de France.fr, 2010. Documents inédits publiés en ligne le 1er février 2010 (http://cour-de-france.fr/article1395.html).

Epitaphes satiriques sur la mort de Louis XIV, publiés en trois ensembles sur Cour de France.fr :
1er ensemble
2e ensemble
3e ensemble

2e ensemble

Forme canonique, mais n’incluant pas la formule Ci-gît

1. f. fr. 2695, p. 649

Louis le Grand n’est plus, il est réduit en poudre [1].
O Français, répandez l’encens de toutes parts !
Il imita trois dieux : par l’adultère, Mars ;
Mercure par le vol, Jupiter par la foudre.

2. f. fr. 12695, p. 637

Ici repose notre roi,
La vieille qui nous fit la loi,
Le confesseur et les finances,
Le pouvoir de deux éminences,
L’orgueil du pontificat,
Et l’honneur de plus d’un prélat.

3. f. fr. 13655, p. 77

A Saint Denis comme à Versailles
Il est sans cœur et sans entrailles.

4. f. fr. 12673, p. 144

On a semé sur cette terre
Les os du prince de la guerre ;
Si le terroir est de façon
Que pour un grain cent il rapporte,
Grand Dieu ! grêlez sur la moisson
Et nous privez de la récolte.

5. Raunié, VII, 320

Remplissant ses honteux destins,
Louis a fini sa carrière.
Pleurez, coquins ; pleurez, p…,
Vous avez perdu votre père [2].

6. Raunié, VIII, 320

Ce monstre, qui n’avait qu’un ventre et point d’entrailles,
Mit la famine en France et la peste à Versailles.

7. f. fr. 15234, 23v

Le grand Louis est trépassé
Et les médecins ont trouvé
De sang qu’il n’avait qu’une livre.
Hélas, que j’en suis étonné,
Car il nous avait bien sucés.

8. f. fr. 15234, 23v

Louis, depuis que le trépas
A tranché le cours de tes pas
C’est à qui blâmera ta vie
Et moi qui déplore ton sort
Je dis sans haine et sans envie
Que c’est assez que tu sois mort.

9. f. fr. 15136, p. 202

Louis est mort, grâces à Dieu,
On va le loger en saint lieu
O reguingué, o lon lan la
Saint-Denis est sa sépulture
Le mérite-t-il ? Non, j’en jure.
Le fils d’Henri ne lui fut rien
Son père seul fut Mazarin
O reguingué, o lon lan la
Il n’est que le fils de Thérèse
Et l’adoptif de Louis Treize.

10. f. fr. 13655, p. 77

Dans ce tombeau est inhumé
Un roi si tendrement aimé
Au commencement de son règne ;
Sur la fin si peu regretté
Qu’on a peur qu’il n’en revienne.

11. f. fr. 13655, p. 77

Un prince qui pendant sa vie
N’a pu souffrir qu’on lui dît vérité
Mérite que sa volonté
Après sa mort n’eût point été suivie.

12. f. fr. 13655, p. 78

Le soleil à Louis fut donné pour devise.
Qu’on remette l’Etat ; pour lui il fait l’éclipse.

13. f. fr. 12695, p. 669

Le roi Louis,deux fois sept
Bourbon le Grand par lettre sept
Né dans un mois qu’on nomme sept,
Agé d’onze fois sept
Qui se chiffrent deux sept
En l’an d’une fois sept
Le premier jour de sept
Est mort, ce Louis deux fois sept..
Cadédis, que de sept, grand Dieu que de potences
Bourbon laisse après lui
Que dis-je, en faut-il moins pour délivrer la France
Des voleurs d’aujourd’hui.

14. f. fr. 12796, f°18v

Louis est mort, fils aîné de l’Eglise ;
Le pape le canonise ;
Pour Loyola son âme était prise
Les jésuites en font les frais.

15. f. fr. 12796, f°19r

Pour notre bien Louis vécut
Par sa mort je le justifie
Car tout ainsi que le Messie
Il est mort pour notre salut.

16. f. fr. 12796, f°24r

Sans respect pour le testament
Déclarer Philippe régent
Certes Thémis est bien hardie
Mais de ton roi, France, admire le sort :
Il fut seul contre tous pendant sa vie
Il est seul contre tous encor après sa mort.

17. f. fr. 12796, f°24v

Fils de Louis le juste,
Petit-fils de Henri le Grand,
Il aurait été juste, il aurait été grand,
S’il n’eût été Louis d’Argent.

18. f. fr. 12796, f°24v-25r

Il est mort, ce fameux monarque,
Qui faisait trembler l’univers !
Le commandement de la Parque
Le rend la pâture des vers.
Il eût été l’homme immortel,
Digne d’éternelle mémoire,
Et son nom gravé dans l’histoire
L’aurait rendu comme éternel
Si, paraissant comme un soleil
Avec un si rare mérite
Il n’eût pas pris pour son conseil
Maintenon, Desmarets et un Jésuite.

19. f. fr. 12796, f°26r

Ayez pitié de Louis le Grand
Qui nous a laissés sans argent.
Accordez-lui pour récompense,
Après avoir pillé Paris
Et les quatre coins de la France,
Qu’il pille encore le paradis.

20. f. fr. 12796, f°26v

En coupant promptement la trame de ses jours
La Parque de Louis a ménagé la gloire,
Et son favorable recours
De ce trait curieux a privé son histoire,
Car s’il avait vécu encor six mois entiers
Nous l’aurions vu, ce n’est point une fable,
Ce monarque sans pain, sans marmite et sans table
Demander avec nous l’aumône aux maltôtiers.

21. f. fr. 12796, f°61v

Louis est sûrement sauvé.
Comment donc ? il a tout ravagé le monde ;
Il a par ses plaisirs vécu en réprouvé.
Il nous a pris nos biens, consommé nos finances
N’importe, son bonheur va vous être prouvé :
Vous en avez souffert, c’en est la pénitence.

22. f. fr. 12695, p. 606

C’est donc vous, troupe sacrée,
Qui en voulez au cœur des rois !
D’un vieux cerf après les abois
On en donne aux chiens la curée.

23. f. fr. 12695, p. 645

Enfin l’homme immortel est mort,
Malgré sa fameuse devise :
La parque, en terminant son sort
A sauvé l’Etat et l’Eglise

24. f. fr. 12695, p. 645

A peine notre grand Louis
Est-il gisant à Saint-Denis,
Que l’on insulte à sa mémoire.
Peuple ingrat, le pourra-t-on croire ?
Tant qu’il vécut, vous savez bien
Qu’il ne voulut que votre bien.

25. f. fr. 12695, p. 645

Non Louis n’était pas si dur qu’il le parut.
Son trépas nous le justifie,
Puisque aussi bien que le Messie
Il est mort pour notre salut.

26. f. fr. 12800, p. 82

Enfin l’homme immortel est mort
Malgré sa superbe devise.
La. Parque a terminé son sort
Pour le bien de l’État et celui de l’Église.

27. f. fr. 13655, p. 76

Louis le Grand par excellence
Est heureusement trépassé,
Ayant en trois ans fricassé
Tout son revenu par avance.
S’il eût encor vécu deux ans,
Nous eussions passé par ses dents.

28. f. fr. 12695, p. 647

Apprends-nous, mon pauvre Scarron
Si Louis a la même flamme
Près le redoutable Achéron,
Qu’il avait pour ta chère femme.

29. f. fr. 12695, p. 651

Si la France au moment que ta course est finie
Ne pleure point, Louis, ne t’en étonne pas.
Ses yeux baignés de pleurs pendant toute ta vie
Se trouvent épuisés au jour de ton trépas.

30. f. fr. 12695, p. 668

Le jour que l’argent diminue
Le roi Louis finit son sort ;
Sa ruse n’est pas inconnue :
Il a voulu qu’on dise : On perd à sa mort.

31. f. fr. 12695, p. 679

Ce monarque fameux, adoré dans Versailles,
Fut l’auteur innocent de nos calamités,
Il chérissait son peuple, il estimait Noailles,
Cependant il les a tous deux persécutés.
Plus grand par sa vertu que par son diadème,
Il eût été parfait s’il eût vu par lui-même.
Sa mort de tout Paris fut l’unique entretien.
Gémissant des malheurs où la France est réduite,
Il est mort, ce monarque, en héros, en chrétien,
Quoique entre les bras d’un jésuite.

32. f. fr. 12695, p. 699 ter

L’abominable banqueroute
Que Louis fait dans sa déroute
Va charger la barque à Caron.
Il meurt si gueux dans son vieil âge
Qu’on craint que la veuve Scarron
N’ait fait un mauvais mariage.

33. f. fr. 12695, p. 606

Un compagnon du père Ignace
A juré sur ses grands dieux
Que Louis avait pris place
Au plus éminent des cieux.
Son frère lui dit : Le croyez-vous, Père ?
Pour moi, je n’en crois rien,
Ou le diable avec sa proie
A été volé en chemin.

34. f. fr. 12695, p. 733

Sort cruel !
L’invincible monarque,
L’homme immortel,
Est tombé sous la Parque ;
Mais
Laissons passer la barque,
Ne le rappelons jamais.

35. f. fr. 12695, p. 667

Tout le monde s’étonne
Que le régent du royaume
Ne fait point sonner dans Paris .
La raison, la voici :
C’est qu’étant économe
Il conserve la corde
Pour dans tous les quartiers
Faire pendre les maltôtiers.

36. f. fr. 12695, p. 644

Pour paraître au grand tribunal,
Enfin Louis déloge.
Bien des gens en disent du mal
Et peu font son éloge.
Pour laisser ses mânes en paix,
Je ne veux rien écrire.
L’honnête homme ne doit jamais
Ni mentir ni médire.

37. f. fr. 12695, p. 643

Aga , compère Michaut,
Vois-tu dans cette église
Ce grand bouteur d’impôts
Qui nous laissa que la chemise ?
S’il avait plus longtemps vécu
J’aurions montré le cu.
Morgué, disons-lui une antienne,
Afin que Dieu, par sa bonté,
Le boute en lieu de sûreté ;
Car j’ons trop peur qu’il ne revienne.

38. f. fr. 15234, f°25r

Aveugle protecteur d’une infidèle race,
Louis, il faut opter, il n’est point de milieu.
Suis comme ton prélat le parti de la grâce
Ou ne te dis pas roi par la grâce de Dieu.

39. f. fr. 13655, p. 87

Sur le roi Louis XIV
Vous demandez pourquoi Louis pendant sa vie
Porta le nom de Grand en dépit de l’envie,
Que Charles, ce héros dont le nom fut si beau,
Ne reçut que dans le tombeau ?
C’est que cet empereur, assuré de sa gloire,
Préféra ses exploits à ce titre éclatant.
Pour Louis, incertain s’il en serait de même,
Aima mieux par avance honorer sa mémoire.

40. f. fr. 12796, f°45

En coupant promptement la trame de ses jours
La Parque de Louis a ménagé la gloire,
Et son favorable recours
De ce trait curieux a privé son histoire,
Car s’il avait vécu encor six mois entiers
Nous l’aurions vu, ce n’est point une fable,
Ce monarque sans pain, sans marmite et sans table
Demander avec nous l’aumône aux maltôtiers.

Notes

[1Épitaphe latine par un Anglais (M.) :
Hic jacet insignis praedo, concotor, adulter,
Hunc magnum triplici dicere jure potes.

[2Mlle Arnould, chanteuse de l’Opéra, une des courtisanes les plus renommées pour ses bons mots, dit en parlant de la mort du Roi et de l’exil de Mme du Barry, en déplorant le sort de ses semblables : Nous voilà orphelines de père et de mère. ” (Mémoires de Bachaumont.)