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Guillaume de Nogaret et Philippe le Bel

Marion Melville

Melville, Marion, "Guillaume de Nogaret et Philippe le Bel", dans Revue d’histoire de l’Eglise de France, 1950, vol. 36, n° 127, pp. 56-66.

Extrait du texte

Dans un article récent sur l’Attentat d’Anagni, M. Robert Fawtier présente une théorie nouvelle sur le rôle de Guillaume de Nogaret dans l’affaire de Boniface VIII. M. Fawtier se base, en premier lieu, sur un récit de l’attentat « écrit le 27 septembre 1303, à Rome, par le procureur de l’évêque de Lincoln, William de Hundleby » où Nogaret n’est pas nommé et où les Colonna sont donnés comme auteurs du coup de main. A la fin de son article, M. Fawtier résume ses conclusions ainsi :

En définitive, que s’était-il passé ? En un temps où la centralisation pontificale et l’infaillibilité du Souverain Pontife n’avaient pas encore transformé profondément l’attitude des catholiques envers leur chef, il s’était trouvé un pontife dont, à tort ou à raison, l’orthodoxie et la légitimité paraissaient suspectes. Son cas devait donc être soumis à l’autorité supérieure, en l’espèce l’Église réunie en concile. Pour que ce concile eût lieu et que l’accusé y comparût, il fallait qu’il reçût une citation à comparaître. Étant donné la qualité de l’accusé, cette citation lui fut portée par un conseiller du roi de France, promoteur dudit concile. Pour pouvoir pénétrer jusqu’au palais pontifical, y déposer la citation, y faire accrocher les panonceaux du roi, Nogaret s’est fait accompagner par des hommes d’armes de la ville de Ferentino commandés par Rinaldo da Supino. Il est également entré en relations avec les habitants d’Anagni, mais il est venu presque seul, accompagné seulement de deux écuyers. Ces négociations, ces préparatifs ont été connus, et les Colonna ont décidé de profiter de l’affaire pour régler une vieille dette. Ils se sont trouvés au rendez-vous. Nogaret a pénétré dans la ville ; la population, mécontente du pape, en a profité pour faire sa petite révolution municipale. Mais tandis qu’elle était convoquée sur la place pour élire un capitaine, pendant que Nogaret et Rinaldo da Supino s’organisaient avant de procéder vers le palais pontifical, auquel servaient de défenses avancées les demeures des parents du pape qui, ayant profité de son élévation, ne lui étaient point hostiles, les Colonna ont pris les devants et ont tout de suite donné à cette simple démarche de procédure un caractère de sauvage violence. Nogaret a fait ce qu’il a pu. Il a réussi à sauver la vie à Boniface VIII.

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