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C’est un très périlleux héritage que guerre

Philippe Contamine

Contamine, Philippe, C’est un très périlleux héritage que guerre, dans Vingtième Siècle, revue d’histoire, n°3, juillet 1984, pp. 5-16.

Extrait de l’article

Serait-ce au Moyen Age que la violence a connu sa pleine dimension sociale et que les guerriers ont appris à parler si haut ? Pendant un millénaire, la guerre fut désolation et regret éternel de la paix perdue. Mais aussi reflet des sociétés qu’elle ravageait. Et nullement simple accident de l’histoire. « Très périlleux héritage » médiéval...

Que la présence de la guerre pendant tout le Moyen Age se soit faite sentir avec constance et intensité, c’est là une de ces idées reçues qu’on accepte un peu comme une vérité d’évidence. Un monde où les gens avaient des réactions frustes, violentes et cruelles, où la vie humaine ne comptait pas trop ; la coexistence d’une foule de petits pouvoirs qui pendant longtemps échappèrent au contrôle des autorités supérieures ; la prolifération des châteaux et des villes fortes ; la turbulence avide et anarchique des chevaliers couverts de fer ; après les grandes migrations conquérantes du Haut Moyen Age, la lutte souvent désordonnée contre les menaces extérieures (Normands, Sarrasins, Hongrois), puis l’expansion armée au détriment de Byzance, des mondes musulmans, des tribus païennes de l’Est européen, et encore les âpres conflits de la fin du Moyen Age dont la guerre de Cent ans est comme la forme la plus achevée. Autant d’images indissociables de l’idée que nous nous faisons du millénaire médiéval.

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