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Les paysages de Sicile décrits par les voyageurs français et britanniques aux XVIe et XVIIe siècle

Hervé Brunon

Hervé Brunon, "Les paysages de Sicile décrits par les voyageurs français et britanniques aux XVIe et XVIIe siècle", dans De la Normandie à la Sicile : réalités, représentations, mythes, Saint-Lô : France (2004).

Résumé

La place de la Sicile dans ce qu’il est d’usage d’appeler la littérature de voyage s’avère faible jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Néanmoins, l’île avait attiré dès le XVIe siècle quelques amateurs en ayant laissé des descriptions manuscrites, avant de faire l’objet de développements, à partir des années 1610, dans des récits de voyage imprimés dont l’Italie n’était qu’une étape en direction ou au retour du Proche-Orient. À partir d’un recensement de textes de voyageurs français et britanniques, l’étude se propose de dégager quelques traits saillants dans la représentation des paysages de Sicile, lesquels peuvent se regrouper en trois volets : la fertilité des terroirs, les origines mythiques de l’île, enfin son volcanisme effrayant. L’analyse des notations récurrentes, où l’on décèle la marque de certaines grilles de lecture d’ascendance classique (rhétorique de l’éloge, opposition entre ‘locus amœnus’ et ‘locus horridus’), invite alors à considérer si une certaine « identité » est reconnue aux paysages siciliens. On pourrait parler pour les voyageurs français d’une expérience de l’insularité comme donnée naturelle mais aussi fait culturel ; l’identité sicilienne devrait finalement davantage aux ressources du sol qu’à une volonté spécifique des habitants qui ont cultivé la terre depuis des siècles. Les voyageurs britanniques, tout particulièrement, offrent des remarques où la fertilité de l’île et sa géologie volcanique sont mises en rapport ; l’horreur du déchaînement des éléments semble nécessaire pour que s’épanouisse l’île heureuse et florissante. Les deux visages, antithétiques, sont en fait complémentaires et leur conjonction ébauche une certaine unité de la terre sicilienne. La représentation des paysages de Sicile chez les voyageurs étrangers aux XVIe et XVIIe siècle, aussi marquée soit-elle par le modèle du ‘locus amœnus’ que la main de l’homme a façonné pour l’utilité mais aussi la beauté, tend dès lors à privilégier d’une certaine manière la nature sur la culture. Si ce n’est qu’en enregistrant la permanence d’une mémoire mythique des origines encore tangible dans les lieux, cette représentation suppose bien le paysage en tant que relation construite historiquement entre l’homme et son milieu, sur un plan symbolique plutôt que matériel.

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