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De ira et avaritia ou les faiblesses des grands à l’épreuve de l’actualité. Des miroirs des princes à l’engagement politique sous Charles VI.

Jean-Claude Mühlethaler

Jean-Claude Mühlethaler, « De ira et avaritia ou les faiblesses des grands à l’épreuve de l’actualité », Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, n° 9 (2002)

Extrait de l’article

Christine de Pizan avait tout pour jeter un regard nouveau sur la royauté. Étrangère, femme et veuve de surcroît, contrainte de vivre de sa plume sans être pour autant un clerc, elle ne pouvait parler du pouvoir que d’un point de vue complètement décentré.

Si cette grande lectrice reste marquée par la tradition des miroirs des princes médiévaux, du Policraticus de Jean de Salisbury (traduit par Denis Foulechat en 1372) au De regimine principum (1277-1279) de Gilles de Rome (qu’elle connaît grâce à la traduction d’Henri de Gauchy), elle s’en démarque en ouvrant le discours issu des régimes à un public plus large. Poétesse engagée, elle place tous les ordres de la société, y compris les femmes, face à leurs responsabilités dans un royaume déchiré depuis que s’est déclarée la folie du roi Charles VI. Elle prend la plume en des temps difficiles, au bord de la guerre civile, et fait pénétrer l’expérience vécue dans un discours de nature théorique, ménageant ainsi une place aussi bien à l’actualité du moment qu’à sa sensibilité de témoin et de femme.

L’intrusion de la subjectivité et l’ancrage référentiel qui caractérisent le discours politique chez Christine de Pizan ne sauraient rester sans effets sur sa manière d’aborder les vices et les vertus que le prince doit apprendre à distinguer pour le plus grand bien du royaume. Parmi les vices, l’avarice et la colère ont retenu notre attention, car, dans la réflexion médiévale sur le pouvoir, ces deux péchés capitaux sont volontiers discutés à la lumière des préoccupations du moment. Issues du système des péchés capitaux, la colère et l’avarice sont susceptibles d’être considérées, au fil des siècles, sous des angles sensiblement différents (...)

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