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Entre Empereur, Empire et nation : l’essor de « l’esprit politique » en Allemagne moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Martin Wrede

Martin Wrede, « Entre Empereur, Empire et nation : l’essor de « l’esprit politique » en Allemagne moderne (XVIIe-XVIIIe siècles) », Revue historique 3/2007 (n° 643), p. 623-652.

Extrait de l’article

Au commencement était l’Empire » – comme l’a formulé Heinrich August Winkler au début de son Histoire de l’Allemagne de 1806 à 1933. Et s’il ne fait aucun doute que cet Empire, le Saint Empire Romain-Germanique, est une donnée fondamentale dans l’histoire de l’Allemagne, il n’en est pas moins certain que cette « donnée fondamentale » est difficile à saisir, oscillant entre mythe et forme réelle d’organisation politique. Il n’est donc pas étonnant qu’il n’existe pas de consensus entre les historiens sur les caractéristiques déterminantes de ce « Saint Empire », à l’heure actuelle encore moins qu’autrefois. Alors que Winkler examine surtout le « mythe » dans la perspective du XIXe et du XXe siècles alimenté moins par le souvenir de l’époque antérieure à 1789 et 1806 que par les représentations imaginaires du Moyen Âge, la recherche historique moderne essaie, d’une part, d’expliquer l’Empire en tant qu’ « État » de la nation allemande, portant un autre nom et ayant une constitution plus complexe que ses voisins, mais ne s’en différenciant pas beaucoup et s’intégrant sans difficulté dans le modèle des « monarchies composites » de son époque. D’autre part, face à la construction et à l’application d’un tel modèle d’État moderne européen et allemand, la recherche continue d’insister sur le caractère unique de l’Empire, pour lequel, selon la sentence de Moser l’Ancien – qui n’était peut-être pas le plus important, mais bien le plus marquant des professeurs de droit public allemand du XVIIIe siècle – « les termes scolaires n’étaient pas applicables ».

Cette manière de voir s’inscrit dans la meilleure tradition de Ranke – le Saint Empire n’étant pas tellement « saint » mais plutôt « immédiat par rapport à Dieu » –, néanmoins, par son accentuation de la singularité allemande, elle n’évite pas complètement le danger de favoriser des interprétations obsolètes sur le particularisme allemand.

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