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Les généalogies entre l’histoire et la politique : la fierté d’être Capétien, en France, au Moyen Âge

Bernard Guenée

Guenée, Bernard, "Les généalogies entre l’histoire et la politique : la fierté d’être Capétien, en France, au Moyen Âge", dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 33e année, N. 3, 1978. pp. 450-477.

Extrait de l’article

Au Moyen Age, une bibliothèque historique digne de ce nom devait contenir le plus grand nombre possible d’histoires et de chroniques, mais aussi toutes ces courtes notes, tous ces fragments divers, en un mot tous ces instruments sans lesquels le travail historique, alors comme aujourd’hui, eût été impossible. Parmi eux tenaient une place essentielle des catalogues qui donnaient la liste chronologique des papes, des empereurs, des rois, des évêques ou des princes, et des généalogies qui, de façons très diverses, toutes simples ou fort détaillées, faisaient connaître la filiation d’une famille ou d’un individu.
Pour l’érudit qui entendait étudier un récit historique ou exploiter un fonds d’archives, l’intérêt de ces catalogues et de ces généalogies était évident. Les catalogues lui permettaient de situer dans le temps les documents datés de l’année du règne d’un pontife ou d’un prince. Et les généalogies lui permettaient d’identifier les personnages dont fourmillaient les actes. « On aurait tort, dit Aubry de Trois-Fontaines à la fin d’une de ses notes généalogiques, de trouver indigestes tous ces noms de personnes que je viens de donner, car on les retrouve fréquemment dans les chartes des abbayes. » Utiles à l’historien, il n’est donc pas étonnant que catalogues et généalogies se soient multipliés en ce xne siècle où l’histoire fit de si grands progrès.
D’un autre côté, catalogues et généalogies ont un évident intérêt politique. Ils sont les garants de la légitimité. Le fait d’inscrire ou de retenir le nom d’un évêque ou d’un roi dans le catalogue est un acte politique qui reconnaît sa légitimité. Et, en un temps où le sang fonde la légitimité, le pouvoir d’un prince est d’autant plus assuré que sa généalogie est plus convaincante. Il n’est donc pas étonnant non plus que catalogues et généalogies se soient multipliés dans les temps de crises politiques et de pouvoirs contestés, et l’enjeu est ici tel que, on le comprend bien, la vérité historique n’est sans doute pas toujours le premier souci de leurs auteurs.

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