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Le rôle de l’Allemagne dans la politique extérieure de Louis XIV

Klaus Malettke

Malettke, Klaus, "Le rôle de l’Allemagne dans la politique extérieure de Louis XIV", dans Francia 35, 2008, p. 169-186.

Extrait de l’article

Ces légères contestations avec l’Empereur firent que je m’attachai encore
davantage à diminuer en Allemagne son crédit ou celui que la maison d’Autriche s’y est acquis depuis deux siècles ; et m’étant encore plus exactement informé de la disposition des esprits, je détachai de cette cabale, par une négociation de quelques mois, l’électeur de Trèves. Il entra dans l’Alliance du Rhin, c’est-à-dire dans un parti puissant et considérable que j’avais formé au milieu de l’Empire, sous prétexte de maintenir le traité de Munster et la paix de l’Allemagne.

Ce passage des fameux « Mémoires pour l’instruction du Dauphin » à la rédaction desquels Louis XIV a directement participé, mérite quelques remarques à propos de la manière que le roi a utilisé les termes de l’« Allemagne » et de l’« Empire ». Ce passage et d’autres indiquent que le roi identifiait essentiellement le « Saint-Empire » avec l’« Allemagne ». Dans la correspondance diplomatique, on peut retrouver très souvent cette même identification. Ceci est par exemple le cas dans l’instruction donnée
au plénipotentiaire Louis de Verjus, comte de Crécy, envoyé à la Diète de Ratisbonne en juillet 1679. Son auteur ne distingue pas non plus de manière très claire entre l’Allemagne et l’Empire. Au XVIIe siècle, on trouve aussi la formule de « l’Empire d’Allemagne ». Cependant, elle est moins fréquente qu’au XVIIIe siècle. Dans sa thèse, l’historien allemand Guido Braun a constaté que « dans le dictionnaire de Moréri, le terme “Empire” est employé principalement au sens juridique et pour désigner une entité politique. Par contre, celui d’“Allemagne” y apparaît surtout comme une notion géographique dont les limites ne sont pas bien définies, mais qui
traduit aussi des liens historico-culturels, ecclésiastiques ou linguistiques, et dépasse en cela les frontières de l’Empire [...] ». Vu ces données que je viens d’esquisser, je n’ai pas commis d’anachronisme lorsque j’ai utilisé le terme de l’« Allemagne » dans le titre de ma conférence.

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