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Les autographes français du temps des Guerres de religion (1559-1598) conservés à la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg

Vladimir Chichkine

Vladimir Chichkine, Les autographes français du temps des Guerres de religion (1559-1598) conservés à la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg, Paris, Cour de France.fr, 2014. Article inédit publié sur Cour de France.fr le 1er mai 2014 (http://cour-de-france.fr/article3115.html).

Le catalogue sommaire des documents présentés dans cet article est disponible à l’adresse http://cour-de-france.fr/article3116.html

La Russie et la France sont associées par des liens multiples et particulièrement dans le domaine des archives. On voudrait évoquer ici la collection des autographes et des manuscrits français déposée en 1805 à la Bibliothèque nationale de Saint-Pétersbourg par Pierre Dubrovsky, son premier propriétaire et conservateur et faire un rapide bilan historiographique de leur utilisation.

L’histoire de cette collection est bien connue, notamment grâce aux travaux de l’historienne russe Alexandra Lublinskaya (1902-1980) et de ses élèves. Ces manuscrits ont constitué une importante partie de la collection du bibliophile Roger de Gaignières (1644-1715). La composition de ce fonds était semble-t-il déjà en grande partie déterminé lorsqu’il fut acquis par Gaignières au milieu du XVIIe siècle, puis s’est enrichi au gré des possibilités de ses détenteurs successifs [1]. Il comprenait ainsi, dans son état originel, de nombreux documents recueillis et classés par les secrétaires d’État, les chanceliers et les gardes des sceaux au cours du siècle précédent, et notamment une grande partie des correspondances royales et ministérielles. Profitant de l’accès aux archives des familles de Guise et de Bellegarde, Gaignières apporta ensuite quelques compléments [2]. Cette collection passa entre les mains de la famille du Harlay, dont plusieurs membres furent présidents au Parlement de Paris, avant d’être confiée au garde des sceaux Germain-Louis Chauvelin, et d’échoir, en 1755, parmi les collections de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

C’est pendant la Révolution française que cet ensemble a pris la direction de la Russie à l’initiative du secrétaire-traducteur de la mission russe à Paris, Pierre Dubrovsky (Piotr Petrovitch Doubrovskiy) (1754-1816). On sait relativement peu de choses sur ce personnage, mais il est certain qu’il a quitté Paris le 2 juin 1792, emportant avec lui de nombreux et précieux manuscrits relatifs à l’histoire de France [3]. Comment est-il entré en possession de ces volumes ? Cela reste difficile à établir, mais on sait qu’il était un ami proche du dernier bibliothécaire royal, Anne-Louis-François de Paule Le Fèvre d’Ormesson de Noyseau, Monsieur de Noyseau (1753-1794) qui lui avait confié certains de ses livres et probablement permis d’entrer en possession des manuscrits de l’abbaye de Saint-Germain en 1790. [4] On suppose qu’Ormesson de Noyseau craignait pour le sort des documents les plus importants pour l’histoire de la monarchie. Après que l’abbaye soit devenue propriété nationale en 1790, il a essayé d’utiliser le biais de l’ambassade russe dont Dubrovsky pour sauver une partie des manuscrits qu’il croyait menacés. En 1793, le bibliothécaire royal fut effectivement arrêté avant d’être guillotiné en avril 1794. Quant à la bibliothèque de l’abbaye, elle a été partiellement détruite dans un incendie en août 1792, tandis que le reste de ses fonds était transféré vers la Bibliothèque nationale où ils se trouvent encore. Au terme d’un long parcours dont nous connaissons bien les étapes (Bruxelles, La Haye, Hambourg, Londres, et Saint-Pétersbourg, enfin), les manuscrits confiés à Dubrovsky entrent finalement dans les fonds de la Bibliothèque impériale publique de Russie en 1805. Ils s’y trouvent encore aujourd’hui. Ces documents d’une importance décisive pour l’histoire de France aux XVIe et XVIIe siècles restent cependant méconnus [5].

Quelle est la nature de ces documents ? Il s’agit de lettres, d’instructions, de déclarations et autres mémoires qui forment un ensemble de plus de quatre mille unités, dont la plupart couvre la période 1559-1573. Jusqu’à présent, la plupart de ces pièces ont été peu étudiées, bien que des travaux de recherche et de publication aient été entrepris par les historiens français du XIXe siècle qui connaissaient l’existence du fonds. Ainsi, certaines lettres ont pu être insérées dans les éditions de la volumineuse correspondance des souverains français, en particulier celles d’Henri IV et de Catherine de Médicis puisqu’au début des années 1860, le comte Hector de La Ferrière a été spécialement envoyé à Saint-Pétersbourg afin préparer la publication de cette dernière. Pendant son séjour de deux ans, ce chercheur a été frappé par le volume et l’importance des autographes mis à sa disposition et, dans le rapport qu’il a rédigé à propos de sa mission, il s’est efforcé d’essayer de donner une description sommaire de la collection, citant même de nombreux extraits [6]. Cette révélation de l’ampleur et de l’importance de la collection Dubrovsky a eu pour conséquence la multiplication des voyages d’étude entrepris par des chercheurs français au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, à l’initiative de sociétés scientifiques et du ministère de l’Instruction publique. Des copies ont ainsi circulé et certaines ont été publiées, notamment celles que La Ferrière a insérées dans son édition en dix volumes des lettres de Catherine de Médicis [7]. Or l’on sait maintenant que, sur les quelque 260 lettres de la reine mère actuellement conservées à la Bibliothèque nationale de Russie (désormais BNR), et les innombrables autres lettres qui lui ont été adressées, certaines ont été omises par l’érudit français, alors que d’autres ont été transcrites de manière fautive [8].

Parmi les chercheurs français qui ont activement travaillé sur les manuscrits conservés à la BNR figure encore Gustave Bertrand. Il s’est d’abord efforcé de dresser un catalogue sommaire des autographes français, publiant son travail dans la Revue des Sociétés savantes en 1872, mais cet inventaire est rempli d’inexactitudes, ce qui en rend l’utilisation délicate [9]. Il a ensuite réalisé un catalogue manuscrit beaucoup plus complet de la collection d’autographes, ainsi que des centaines de copies de ces documents. Conservé à la Bibliothèque nationale de France, le fruit de son travail n’est certes pas inutile mais se caractérise par son imprécision, ses lacunes et ses multiples erreurs de lecture [10]. Enfin, Bertrand s’est tout spécialement intéressé aux autographes de Marguerite de France (1523-1574), duchesse de Savoie et sœur d’Henri II, dont il a donné une publication dans la même Revue des Sociétés savantes [11].

Une grande partie de la correspondance conservée dans la collection Dubrovsky concerne la première décennie des guerres de religion. Pour les seules années 1559-1560, on dénombre des centaines de lettres sur les affaires intérieures du royaume, dont une partie non négligeable forme la correspondance de François II (1559-1560) : 71 lettres du jeune roi et 73 à lui adressées peuvent être dénombrées. Pour ce même règne, figurent également des lettres du duc François de Guise (16 autographes) et du cardinal Charles de Lorraine (38 autographes) [12]. Actuellement, il n’existe que quelques éditions partielles des documents de cette époque. La plus importante a été publiée par Louis Paris en 1841, et Philippe Tamizey de Larroque, a également édité des documents conservés à Saint-Pétersbourg dans les Archives historiques du département de la Gironde en 1868, mais cette publication semble avoir sombré dans l’oubli [13]. Plus récemment, en 1998, l’archiviste français Daniel Cuisiat également publié un gros volume des lettres du cardinal de Lorraine, œuvre de toute sa vie, qui comprend également des autographes conservés à la BNR, mais qui se limite souvent à des résumés des documents qui ne sont, pour la plupart, pas connus dans leur intégralité [14]. Afin de combler une partie de ces lacunes, nous sommes sur le point de publier une nouvelle édition de la correspondance de François II avec les Guises, les gouverneurs et lieutenants généraux des provinces françaises, les parlements et les municipalités. Publiée une première fois sous la direction d’Alexandra Lublinskaya dans les années 1950-1960, cette correspondance reste presque totalement inconnue des historiens occidentaux et n’est jamais citée par les historiens russes [15].

Il semble important, à ce stade de notre exposé, d’attirer l’attention sur le problème de la périodisation des guerres de religion. Traditionnellement, les historiens considèrent qu’elles ont débuté dans le village de Wassy le 1er Mars, 1562, à la suite du massacre des réformés par les troupes du duc de Guise [16]. Pour certains, toutefois, tels Lucien Romier et Robert Mandrou, le déclenchement de la guerre civile doit être fixé en 1560, avec la Conjuration d’Amboise [17]. Les historiens modernes, comme Arlette Jouanna et Nicolas Le Roux, adoptent enfin 1559 comme point de départ [18], mais Le Roux n’hésite pas à prolonger, à l’autre extrémité, les guerres jusqu’à la prise de La Rochelle, en 1628, et la paix subséquente d’Alet, en 1629. Les travaux réalisés par Alexandra Lublinskaya lui ont permis, ainsi qu’à tous les historiens de l’école historique de Saint-Pétersbourg, d’accréditer l’hypothèse d’un commencement des guerres civiles en 1559, immédiatement après la signature de la paix de Cateau-Cambrésis, alors même que le règne d’Henri II n’était pas achevé. Les autographes conservés à la BNR sont particulièrement éloquents de ce point de vue. Les nombreux rapports adressés à la cour par le duc d’Étampes, gouverneur de Bretagne (52 lettres), le comte de Tende, gouverneur de Provence (36 lettres), le duc Anne de Montmorency, gouverneur du Languedoc (12 lettres), et les messages des lieutenants généraux de Provence, Guyenne et Languedoc, ainsi que ceux des maires et échevins de Marseille, Bordeaux, Poitiers, Nîmes et bien d’autres villes, ou encore des parlements d’Aix et Rennes, tous adressés à François II et aux Guises, montrent que les autorités régionales ont été témoins de ces affrontements armés dont ils ont compris qu’ils étaient les prémices d’une guerre civile. Pratiquement toute cette abondante correspondance témoigne des difficultés financières des autorités et de la paralysie croissante du gouvernement central, devenu incapable d’agir efficacement sur le plan militaire et judiciaire afin d’éteindre les troubles sociaux naissants dans différentes provinces.

La période du règne de Charles IX (1560-1574) n’est pas moins intéressante, illustrée par de très nombreux documents. La correspondance du roi comprend plus d’un millier de lettres, 300 signées de sa main et plus de 720 qui lui sont adressées. De manière paradoxale, alors que la personnalité et les actes de Charles IX ont suscité depuis longtemps d’importants débats, personne ne s’est intéressé à la publication de cette correspondance dont l’étude pourrait s’avérer inestimable afin de reconstituer la logique de son action et éclairer les ressorts de son comportement politique. Quelques lettres ont néanmoins échappé à ce manque d’attention, puisqu’elles ont été publiées en 1962 par Alexandra Lublinskaya et ses élèves dans un livre reproduisant 127 documents de la BNR, couvrant la correspondance de la cour et des provinces en 1561-1563, y compris une petite partie des missives de Charles IX [19]. Pourtant, à ce jour, même ces quelques autographes publiés demeurent pratiquement inconnus des historiens étrangers et ne sont pas davantage utilisées par les chercheurs russes. Dans le fameux Histoire et dictionnaire des guerres de religion, publié en 1998 par Arlette Jouanna, qui comprend une bibliographie détaillée de toutes les sources historiques et littéraires publiées sur la période, les documents édités par A. Lyublinskaya ne sont pas mentionnés [20]. Il en va de même des documents publiés par le prédécesseur de l’historienne russe, le célèbre historien de la France et professeur de l’Université de Kiev et Saint-Pétersbourg Ivan (Jean) Loutchitzky (1845-1918), qui fut le premier savant ukrainien-russe à publier des autographes français du XVIe siècle, et notamment des lettres de Charles IX, relatives à l’époque des quatrième et cinquième guerres de religion (1572 - 1574), ainsi que des documents du temps de la Ligue catholique dans des revues françaises [21].

Les documents relatifs au frère cadet de Charles IX et fils bien-aimé de Catherine de Médicis, le dernier des Valois, Henri III (1574-1589), sont beaucoup mieux connus. La BNR conserve près de 360 lettres signées de sa main et quelque 600 lettres qui lui sont adressées. De toute évidence, une grande partie des autographes provient des archives du secrétaire d’État Nicolas de Villeroy (sans doute 212 de ces lettres). La correspondance d’Henri III qui a fait l’objet d’une édition critique amorcée en 1959 par Michel François sur la base des manuscrits repérés par Pierre Champion, se poursuit actuellement sous la responsabilité de Jacqueline Boucher. Si le premier volume renvoie aux manuscrits conservés à Saint-Pétersbourg [22], il se contente de reproduire les copies souvent fautives de Gustave Bertrand conservées à la Bibliothèque nationale de France. Les volumes suivants, et notamment les deux derniers parus, ne mentionnent en revanche pas même l’existence des originaux conservés en Russie et se contentent de renvoyer aux copies. En outre, si les volumes 5 à 7 reproduisent les lettres dans leur intégralité [23], les livraisons précédentes se contentent le plus souvent de résumer les missives. Enfin, certaines lettres originales conservées à la BNR qui n’ont pas été recopiées par Bertrand sont totalement absentes de l’édition. Ainsi, en dépit de ses qualités, cette édition ne restitue pas fidèlement les originaux quand elle ne les omet pas tout à fait.

Les missives du frère cadet d’Henri III, le dernier des quatre fils d’Henri II, le duc François d’Anjou et d’Alençon (1554-1584), sont également nombreuses parmi les autographes. Plus d’une centaine de ses lettres, adressées principalement à la reine mère et aux rois ses frères, sont ainsi conservées. François avait une belle écriture humaniste facile à déchiffrer et ses missives ont une valeur documentaire d’autant plus grande qu’elles couvrent presque toute son activité politique à partir de 1569. Elles contiennent ainsi une grande quantité des renseignements inconnus susceptibles de renouveler notre connaissance d’un personnage controversé et souvent maltraité par l’historiographie. Mais si François de Valois reste dans l’ombre, attendant son tour, Marguerite de Valois (1553-1615), la sœur cadette de la famille, a récemment été remise à l’honneur. L’édition critique de ses écrits et de ses lettres, réalisée par Éliane Viennot, comprend ainsi les 42 autographes conservés à Saint-Pétersbourg. [24] La plupart de ces missives ont été envoyées durant son séjour à Nérac, résidence de la maison de Bourbon-Navarre, mais aussi d’Auvergne, où Marguerite a dû se réfugier après avoir fui la Gascogne en 1585. Ces lettres, la plupart écrites de sa propre main, ont contribué à dissiper la légende noire de la reine Margot et à révéler sa réelle contribution au processus de pacification du royaume.

La correspondance des sœurs de Marguerite est également présente à Saint-Pétersbourg où se trouvent conservées 24 lettres d’Élisabeth de Valois (1545-1568), reine d’Espagne, épouse de Philippe II, et 13 de Claude de Valois, duchesse de Lorraine (1547-1575), envoyées à la reine mère et à leurs frères [25]. Les lettres du duc Henri d’Angoulême (1551-1586), le bâtard de Valois, demi-frère des précédents et gouverneur de Provence, sont d’un contenu très intéressant. On en dénombre 32, adressées aux membres de la famille royale et au secrétaire d’État Villeroy.

Les autographes provenant du camp adverse pendant les guerres civiles, en particulier ceux qui concernent les membres de la famille de Bourbon, opposants politiques et religieux de la maison de Valois, sont également très nombreux. Nous avons déjà mentionné la publication des lettres de Henri IV (1589-1610) qui couvre neuf volumes édités au XIXe siècle, par Jules Berger de Xivrey et Joseph Guadet [26], mais ces éditeurs ne se sont jamais rendus en Russie. Ils ont usé de copies faites à Saint-Pétersbourg par diverses personnes dûment mentionnées dans leur édition mais dont les qualités de paléographe s’avèrent des plus variables. Outre les erreurs de transcription pour les lettres éditées, il est une partie des lettres d’Henri IV et des presque 200 qu’il a reçues conservées à la BNR qui reste partiellement inédite. En outre, les lettres publiées sont souvent datées de manière fautive [27] et les annotations marginales, nombreuses, parfois étendues et souvent d’un grand intérêt, présentes sur les manuscrits originaux, ont été complètement ignorées par les copistes du XIXe siècle.

La correspondance des parents d’Henri IV, Antoine de Bourbon (1518-1562) et Jeanne d’Albret (1518-1572), roi et reine de Navarre, n’est pas moins importante. Le marquis Achille de Rochambeau, historien et archéologue, qui a publié leurs lettres en 1877, a également pris en compte les autographes conservés à la BNR, mais les copies qui étaient en sa possession ne représentent qu’une partie des missives conservées et certains documents demeurent inédits [28]. On dénombre 42 lettres d’Antoine de Bourbon dans la collection Dubrovsky, et 49 missives à lui adressées, ainsi que 54 lettres de Jeanne d’Albret. L’écriture de Jeanne d’Albret, l’une des chefs de la résistance huguenote jusqu’en 1572, est particulièrement difficile à lire, ce qui explique sans doute qu’elles n’ont jamais été transcrites de manière correcte. Les princes de Condé, Louis et Henri de Bourbon, sont quant à eux représentés dans la collection par environ de 50 lettres qui attendent également d’être transcrites et étudiées. Celles des ducs de Bourbon-Montpensier (presque une centaine d’autographes) ont été étudiées et publiées par Jean Loutchitzky dans les années 1870 dans le Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, puis regroupées dans une édition à part, mais ce travail demeure aujourd’hui extrêmement méconnu [29].

La Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg conserve également les autographes de plusieurs familles nobles de la France du XVIe siècle, catholiques comme protestantes, notamment des lettres envoyées à la cour, aux rois, reines, chancelier, secrétaires d’État, etc. Parmi une masse imposante de documents, on peut signaler les lettres du maréchal de Biron (plus de 120 unités), gouverneur général de Guyenne, publiées avec une précision suffisante par un historien du XIXe siècle, Édouard de Barthélemy [30], la correspondance de l’illustre capitaine Blaise de Montluc (100 unités), qui a été étudiée et partiellement publiée par le baron Alphonse de Ruble [31], ainsi que les autographes de la famille de Montmorency (70 unités), des maisons de Guise, Nemours, Cossé-Brissac, des Escars, La Tour d’Auvergne et bien d’autres. La plupart de ces lettres sont généralement inédites et leur existence demeure peu connue des historiens et des archivistes. Parmi les documents émanant des ministres et secrétaires d’État se distinguent ceux qui concernent Villeroy (environ 500 unités) et le chancelier Pomponne de Bellièvre (plus de 240 lettres adressées à lui).

Dans le cadre restreint du présent l’article, il est impossible de décrire la variété des autographes du temps des guerres de religion conservés à la Bibliothèque Nationale de Russie, mais on peut, pour finir, mentionner la correspondance de célèbres diplomates français, dont la collection des lettres est un témoignage inestimable de la perception des troubles de France sur la scène internationale. Il s’agit de la correspondance de Georges d’Armagnac, ambassadeur à Rome, de Jean Nicot, ambassadeur au Portugal, d’Arnaud Du Ferrier, ambassadeur à Venise, de Bertrand de Salignac de La Mothe-Fénelon, ambassadeur en Angleterre, de Sébastien de L’Aubespine, évêque de Limoges et ambassadeur en Espagne, etc. [32] Ces diplomates ont activement interagi avec les souverains étrangers, dont les lettres sont également présentes en abondance dans la collection Dubrovsky. Les correspondances de Philippe II d’Espagne (plus de 110 unités), d’Élisabeth d’Angleterre (plus de 30 missives), de l’empereur Maximilien II de Habsbourg, des représentants de la famille royale portugaise, de nombreux princes allemands, et de la reine d’Écosse Marie Stuart, reine de France par son mariage avec François II, sont ainsi d’une grande importance. Enfin, on peut mentionner la présence de lettres des chefs spirituels de la Réforme française, Jean Calvin et Théodore de Bèze, mais aussi de Philippe Duplessis-Mornay.

À ce jour, il n’existe aucune étude exhaustive sur la collection des autographes de Pierre Dubrovsky qui reflète l’origine et l’évolution de chacun des ensembles documentaires importants qui la composent, de sorte que leur étude plus approfondie, ainsi que leur mise en relation avec d’autres collections conservées en Europe, seraient d’un grand intérêt. Les documents conservés en Russie, d’une valeur inestimable pour l’histoire des guerres de religion en France, restent donc encore à explorer pour les historiens, linguistes, archivistes et paléographes.

Notes

[1Georges Duplessis, Roger de Gaignières, Paris, 1870.

[2Documents pour servir à l’histoire des Guerres civiles en France (1561-1563), Publiés sous la direction d’Alexandra Lublinskaya, Moscou-Léningrad, 1962. Résumé de l’Introduction (en français). p. 11-12.

[3L’ordre de quitter la France révolutionnaire a été envoyé le 22 avril 1792 par le comte Andrey Osterman, chef du département des affaires étrangères. Il a alors écrit au représentant temporaire russe, М. Novikov : « Sa Majesté [Catherine II] désire que vous trouviez un moyen décent de partir de là [de Paris], prenant avec vous les archives secrètes et autres documents de l’ambassade (…( et notre traducteur Duvrovsky ». Cité par Piotr Tcherkassov, Catherine II et Louis XVI, Moscou, 2004, p. 491 (en russe).

[4Michel François, « Pierre Dubrowsky et les manuscrits de Saint-Germain-des-Prés à Leningrad », dans Mémorial du XIVe centenaire de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1959. p. 335-336.

[5Ibid., p. 333-341, P. Z. Thompson, « The Western European Manuscript Collection of Peter P. Dubrovski in Leningrad », The Journal of Library History, tome 19 (1984), p. 477–503.

[6Hector de La Ferrière-Percy, L’histoire de France en Russie, Paris, 1863-1864. Id., Rapport sur les recherches faires à la bibliothèque de Saint Pétersbourg concernant les lettres originales et manuscrits français sortis de France, Paris, 1865, Id., Deux années de mission à Saint-Pétersbourg, Paris, 1867.

[7Catherine de Médicis, Lettres, Éd. par Hector de La Ferrière et Gustave Baguenault de Puchesse, 11 vol., Paris, 1880–1909, 1943.

[8Voir, par exemple, sa transcription erronée de la lettre de Marguerite de Valois à Catherine de Médicis (fin octobre 1586), et la transcription que j’ai faite pour Éliane Viennot dans son édition des lettres de Marguerite de Valois. Hector de La Ferrière, Deux années de mission, p. 33. Marguerite de Valois, Correspondance. 1569-1614, Éd. par Éliane Viennot, Paris, 1998, lettre n° 239, p. 324-325.

[9Gustave Bertrand, « Catalogue de la collection des autographes au département des manuscrits de la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg », Revue des sociétés savantes, 5 série, tome IV (1872), p. 448-457.

[10Les inventaires de Gustave Bertrand forment trois volumes manuscrits : BnF, Ms NAF 4074, 4075 et 4076. Les copies qu’il a réalisées forment 33 volumes : BnF, Ms NAF 1231 à 1250 et 6001 à 6013. Michel Antoine en référence d’autres dans son article de 1986 : M. Antoine, "Sources de l’histoire de France en U. R. S. S.", dans Bibliothèque de l’école des chartes. 1986, tome 144, p. 384-387

[11Gustave Bertrand, « Lettres inédites de Marguerite de France » Revue des sociétés savantes, 5 série, tome IV (1872), p. 457-484. Cette publication a par la suite été continuée par un historien russe et son collègue français, Jean Loutchitsky et Philippe Tamizey de Laroque, dans la Revue historique, tome 16 (1881) p. 304 -326.

[12Vladimir CHICHKINE, « La correspondence du cardinal de Lorraine conservée en Russie », Colloque international « Le Cardinal de Lorraine, Reims et l’Europe : un grand prélat français à l’époque du concile de Trente », Genève, Droz, 2014 (sous presse).

[13Louis Paris (éd.), Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II, tirées du portefeuille de Sébastien de L’Aubespine, évêque de Limoges, Paris, 1841. Philippe Tamizey de Laroque (éd.), « Publication sans titre », Archives historiques du département de la Gironde, tome 10 (1868) (24 lettres de 1560-1562) et tome 13(1871-1872) (30 lettres de 1559-1561).

[14Charles de Lorraine, Lettres du cardinal Charles de Lorraine (1525-1574), publiées par Daniel CUISIAT, Genève, Droz, 1998, p. 399, еtс.

[15Documents pour servir à l’histoire de France au xvie siècle. Début des Guerres de Religion (1559-1560), Préparé par T. Voronova et E. Gurari, sous la direction d’A. Lublinskaya. Publié par Vladimir Chichkine, Saint-Pétersbourg, Institut de l’histoire universelle, 2013 (en français pour les documents). Après la rédaction de cet article, j’ai appris la sortie du livre d’Éric Durot, François de Lorraine, duc de Guise entre Dieu et le Roi (Paris, 2012), dans lequel il cite des lettres du duc reproduites par Gustave Bertrand dans les volumes conservés dans les Nouvelles acquisitions françaises de la BnF, mais qui semble ignorer l’existence des originaux conservés à Saint-Pétersbourg.

[16Joël Cornette, Histoire de France : l’affirmation de l’État absolu, 1515-1652, Paris, 1992, p. 111.

[17Lucien Romier, La conjuration d’Amboise, Paris, 1923. Georges Duby et Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, tome 1, Paris, 1958, p. 340.

[18Arlette Jouanna et alii, Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Paris, 1998. Nicolas Le Roux, Les guerres de religion, 1559-1629, Paris, 2009.

[19Documents pour servir à l’histoire de France au xvie siècle. Début des Guerres de Religion (1559-1560), (voir ci-dessus).

[20Arlette Jouanna et alii, Histoire et dictionnaire, p. 1409-1410 (Correspondances).

[21Jean Loutchitzky, « Documents inédits et originaux. Quatrième guerre de Religion (1572-1573) ; cinquième guerre de Religion (1574). Lettres extraites des manuscrits de la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg », Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, tome 22 (1873), p. 252-268, 299-311, 352-374 et 401-413.

[22Lettres de Henri III, roi de France, recueillies par Pierre Champion, publiées par Michel François, tome 1 (1557-1574). Paris, 1959, p. xxi.

[23Lettres de Henri III, roi de France, recueillies par Pierre Champion et Michel François, publiées par Jacqueline Boucher, tomes 5-7 (1580 - 1587), Paris, 2000-2012.

[24Marguerite de Valois, Correspondance, 1569-1614, éd. par Éliane Viennot, Paris, 1998.

[25Cité partiellement par Hector de La Ferrière, Deux années de mission à Saint-Pétersbourg, p. 27-30.

[26Recueil des lettres missives d’Henri IV, Éd. par Jules Berger de Xivrey et Joseph Guadet, 9 vol., Paris, 1843–1876.

[27Vladimir Chichkine, « Documents inédits sur Marguerite de Valois à Saint-Pétersbourg », Seizième siècle, tome 8 (2012), p. 327-340.

[28Lettres d’Antoine de Bourbon et de Jehanne d’Albret, éd. par Achille de Rochambeau, Paris, 1877.

[29Jean Loutchitzky, « Documents inédits et originaux. Quatrième guerre de Religion… », art. cit. Jean Loutchitzky (éd.), Documents inédits sur l’histoire du Languedoc et de La Rochelle après La Saint-Barthélemy (1572-1574), Paris, 1873. Jean Loutchitzky (éd.), Documents inédits pour servir à l’histoire de la Réforme et de la Ligue, Paris-Kiev, 1875.

[30Correspondance inédite d’Armand de Gontaut-Biron, publiée par Édouard de Barthélemy, Bordeaux, 1874.

[31Commentaires et lettres de Blaise de Monluc, publiés par Alphonse de Ruble, tomes I-V, Paris, 1864-1872.

[32Leur correspondance a été publiée en partie, mais on n’a pas encore entrepris de vérifier lesquels de ces autographes sont conservés à Saint-Pétersbourg : Correspondance du cardinal Georges d’Armagnac, t. I : 1530-1560, préparée par Charles Samaran et Nicole Lemaître Paris, 2007 ; Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal au XVIe siècle. Sa correspondance diplomatique inédite, edit. E. Falgrairolle, Paris, 1897 ; Bertrand de Salignac de La Mothe-Fénelon, Correspondance diplomatique, publiée par Alexandre Teulet, Paris, 1838-1841, 7 vols. ; Dépêches de Sébastien de L’Aubespine, ambassadeur de France en Espagne sous Philippe II, Revue d’histoire diplomatique, 1899-1900, t. 13, p. 583-607 et t. 14, p. 289-302.