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15 oct. 2017, Lunéville : Noblesses et villes de cour en Europe (XVIIe-XVIIIe siècles) : la résidence princière, observatoire des identités nobiliaires à l’époque moderne

Appel à communication pour un colloque organisé à Lunéville les 3-4 mai 2018 par Éric Hassler (université de Strasbourg) et Anne Motta (université de Lorraine).

Sans être un phénomène fondamentalement nouveau, la ville de cour prend un essor sans précédent dans l’Europe des XVIIe et XVIIIe siècles, sous l’effet de la sédentarisation des cours dont elles deviennent le cadre ordinaire. Lorsqu’ils se sont intéressés aux relations entre la cour et la ville, les historiens modernistes ont davantage observé les modalités d’imposition du pouvoir central sur l’espace urbain, attentifs aux réalisations édilitaires, au contrôle des institutions urbaines ou encore à l’orchestration des grandes cérémonies princières. En revanche, les transformations sociales induites par la présence du souverain et la curialisation de l’espace urbain demeurent à la marge de la recherche, alors que les élites nobiliaires sont au cœur même de l’articulation entre cour et ville. Axés sur la dichotomie Paris-Versailles, souvent érigée en modèle, les historiens modernistes ont eu tendance à donner une vision hors sol de l’institution curiale, négligeant la présence nobiliaire dans la cité. Pourtant, même à Versailles se développe une ville au sens plein du terme qui accueille une partie de la noblesse privée de logement au château, quand elle ne demeure pas à Paris.
Ces élites nobiliaires résultent d’une sédimentation socio-urbaine progressive car, aux anoblis s’ajoutent une noblesse issue de l’appareil juridico-administratif sécrété par le renforcement de l’État central et, bien évidemment, une noblesse féodale consciente de la nécessité de paraître dans l’entourage du prince. Les situations varient à l’échelle de l’Europe, en fonction des chronologies et des configurations politiques, mais la rencontre entre élites patriciennes et noblesses féodales pour lesquelles la ville n’a jamais réellement constitué un environnement « naturel » est, dans tous les cas, à l’origine d’une complexification du paysage nobiliaire urbain dont les médiévistes ont largement balisé le terrain théorique. Conserver une éminence sociale au sein de la ville oblige les élites terriennes à réinvestir un mode de vie urbain à leur profit ou à adapter des comportements intrinsèques à leur milieu, autant d’enjeux pour des élites dont le statut social oscille entre des discours juridiques fermes et des pratiques sociales et culturelles relativement souples.
Ce colloque voudrait donc analyser tous les ressorts de la conversion urbaine des élites nobiliaires, considérées dans leur grande hétérogénéité et montrer de quelle manière elles s’inscrivent dans le tissu, la matérialité et la culture des villes de cour où réside un prince souverain, durant les XVIIe et XVIIIe siècles en Europe.

Si le cœur de l’espace urbain est d’abord sous l’emprise du prince, la noblesse participe à la construction de l’environnement architectural - à travers l’édification de demeures - mais aussi culturel, en suscitant des initiatives artistiques, des lieux de spectacle et des espaces de sociabilité. Outre la bâtisse qui fait partie intégrante du mode de vie aristocratique, la recherche des commodités et le penchant pour la consommation ostentatoire, amplifié par les exigences de la vie de cour, engendrent des dépenses dont les effets rejaillissent sur les structures professionnelles et commerçantes de la ville, sans oublier les investissements dans les immeubles de rapport, l’industrie du luxe ou, aux antipodes, la charité qui influe sur l’organisation des institutions de bienfaisance. Ainsi, la manière dont la richesse du second ordre irrigue la ville est un thème important de ce colloque.
La dimension économique et financière du rapport du second ordre à la ville princière invite à revenir sur le positionnement des autorités centrales et urbaines par rapport à l’ancrage urbain de la noblesse sur le long terme. Le rôle des pouvoirs publics peut prendre des formes différentes, selon les époques et les pays : financement de projets immobiliers, régimes juridiques et/ou fiscaux particuliers, développement d’infrastructures comme les parcs et les promenades devenues indispensables au mode de vie aristocratique... Partant, cette installation de la noblesse au sein de la ville de cour perturbe non seulement le microcosme urbain, mais modifie aussi l’aménagement et la représentation de ce cadre de vie. Elle induit par ailleurs une altération de l’environnement juridique et fiscal urbain par l’immixtion de régimes privilégiés exogènes, transposés ou nouveaux, qui peuvent bouleverser les normes régissant l’espace urbain et les relations entre autorités monarchique et municipale.
L’urbanité croissante d’élites nobiliaires allochtones suggère une implantation assumée de leur part mais leurs pratiques résidentielles amènent à s’interroger sur cette soi-disant sédentarisation. En effet, la multiplication des fonctions occupées ou convoitées - curiales, politiques, militaires mais aussi seigneuriales - impose une ubiquité que seule la multi-résidence peut résoudre.
Au-delà de la question du choix d’un lieu de vie, ce dernier aspect permet d’entrevoir la manière dont se conjuguent ces identités multiples et de repérer les stratégies déployées pour conserver une distinction sociale consubstantielle à l’ordre. Comment la noblesse peut-elle continuer à marquer sa différence à l’égard de la bourgeoisie dès lors qu’elle abandonne un mode de vie rural dont elle se prévalait ? Selon la même logique, l’urbanité n’aurait-elle pas contribué à uniformiser un second ordre traversé par des fractures diverses ? Le cas échéant, peut-on trouver ici des éléments de réponse au vieux problème de la fusion des élites ? Ou au contraire, la formation et l’affirmation d’une noblesse de cour urbanisée ne conduisent-elles pas à une nouvelle hiérarchie, reléguant de fait toute autre noblesse à un rang inférieur ? Autant de questions qui permettent de revenir sur l’élaboration d’identités nobles collectives univoques ou différenciées, sous l’effet de ce double phénomène de curialisation et d’urbanisation, et de faire de la ville de cour un observatoire de ces évolutions.
Quelques axes sont ainsi à privilégier :

  • Identification des noblesses et articulation entre les différents groupes au sein de la ville de cour.
  • Implantation et insertion urbaines : un processus de sédentarisation achevé ?
  • Quelles relations la noblesse entretient-elle avec les institutions urbaines ?
  • Quelles sont les conséquences de l’introduction d’une économie du privilège sur l’environnement économique et juridique de l’espace urbain (exemptions fiscales, immunités juridiques...) ?
  • Supériorité sociale et économique : repère-t-on des pratiques distinctives (édilité, maîtrise du marché immobilier et locatif, consommation, sociabilité, mécénat) qui feraient de la noblesse une nouvelle élite urbaine ? 

  • Urbanité et identité nobiliaire : dans quelle mesure et de quelle manière la ville modifie-t-elle les représentations de l’ordre ?

Propositions

Nous serions reconnaissants aux collègues intéressés de nous donner un accord de principe dès que possible, et de nous envoyer une proposition de 3000 signes (maximum) pour le 15 octobre 2018.

Contacts

Éric Hassler (eric.hassler at unistra.fr)
Anne Motta (motta.anne at univ-lorraine.fr)

Comité scientifique

Laurent Bourquin, Jean-François Chauvard, Paul Janssens