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La querelle du sofa. Étude sur les rapports entre gloire et diplomatie

Géraud Poumarède

Géraud Poumarède, "La querelle du sofa. Étude sur les rapports entre gloire et diplomatie", dans Histoire, économie & société, année 2001, volume 20, numéro 2, pp. 185 - 197.

Extrait de l’article

Se sentant sombrer dans le chaos de la disgrâce, l’ambassadeur du Roi de France près la Porte ottomane, le marquis de Nointel, écrit à son ministre Pomponne, le 29 juin 1678 : « J’appréhende qu’il n’y ait plus de soleil pour moi ». Il revient plus loin sur cette crainte : « J’appréhende, Monsieur, d’être mort dans l’esprit du Roi ». Sans instructions et sans nouvelles, il est livré aux créanciers qui le harcèlent, fin pathétique et significative. Abandonné par son Roi, Nointel n’est plus rien. Désavoué implicitement par lui, l’ambassadeur n’est plus en état de le représenter. Le fil ténu et néanmoins puissant qui relie le Roi à son ministre est irrémédiablement tranché. Mieux, si le regard du Roi fait le ministre, et la formule de nomination du successeur de Nointel - « [Sa Majesté] a jeté les yeux pour ce sujet sur le sieur de Guilleragues » - est à ce titre éloquente, un simple détour de ce regard l’anéantit.

Cette triste affaire a le mérite de souligner le paradoxe de la condition d’ambassadeur, une extrême fragilité sous une avalanche d’honneurs princiers. Ce statut ambigu n’échappe pas à Wicquefort qui, dès les premières pages de L’ambassadeur et ses fonctions, esquisse une définition précise de ce ministère :

"Le mot d’Ambassadeur, Ambasiadore ou Embaxador, tire son origine de l’espagnol embiar, qui signifie envoyer, de sorte que l’on peut dire que l’Ambassadeur est un ministre public qu’un souverain envoie à une puissance étrangère pour y représenter sa personne en vertu d’un pouvoir, de lettres de créance, ou de quelque commission qui fasse connaître son caractère."

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