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30 jan. 2020 : Molière et ses successeurs (XVIIe-XVIIIe siècles)

En 1680, Louis XIV prit une décision des plus importantes qui devait
marquer la vie théâtrale de la capitale. Une nouvelle entreprise
théâtrale allait voir le jour grâce à la fusion de la troupe de
l’Hôtel de Bourgogne ― créée dans la première moitié du siècle
― et de la « Troupe du Roi » ― formée, après la disparition de
Molière, des membres de la troupe de ce dernier et de celle du
Théâtre du Marais. Elle serait plus tard connue sous le nom de « 
Maison de Molière », titre glorieux qui célébrerait le génie
comique et l’héritage culturel de l’un des plus grands auteurs de
théâtre français.

Si le talent exceptionnel de Molière en tant que dramaturge, comédien
et metteur en scène a le plus souvent été salué au cours des
siècles et analysé par la critique littéraire et par les
spécialistes des arts de la scène, son travail en tant que directeur
de compagnie et entrepreneur de spectacles, de même que le contexte
dans lequel les entreprises théâtrales parisiennes ont évolué aux
XVIIe et XVIIIe siècles sont fréquemment passés sous silence. De
façon plus générale, la vie quotidienne a été exclue de ces deux
champs de recherche (texte et représentation théâtrale) car elle
implique une approche historique à la fois sociale et économique qui
s’appuie également sur l’histoire de la consommation et de la
culture matérielle.

Dès le XVIIe siècle, les théâtres, de même que les spectacles de
cour eurent une logistique sophistiquée et une organisation complexe.
Les troupes traitaient principalement avec des artistes, des
fournisseurs locaux, mais aussi régionaux, géraient un personnel
nombreux et faisaient souvent face au manque de temps en matière de
répétition et de production. Leur implantation au sein de certains
quartiers eut un impact sur le développement de ceux-ci. À partir du
milieu du XVIIe siècle, les spectacles devinrent un pôle unique
d’opérations commerciales étant au centre de la vie parisienne (ou
de Versailles et Fontainebleau), et de l’activité économique. En ce
sens, ils furent intimement liés à l’émergence de la société de
consommation, vendant aux spectateurs des produits culturels mais aussi
d’autres produits comme des boissons ou des livres de sujet par
exemple. Les institutions théâtrales les plus importantes
présentaient déjà, semble-t-il, certaines caractéristiques des
entreprises culturelles contemporaines qui vendent, en outre, des
produits dérivés.

Si l’on considère généralement qu’une écrasante majorité des
études consacrées aux arts de la scène porte sur les théâtres
parisiens, peu d’entre elles s’attachent en réalité aux aspects
proprement économiques et opérationnels quotidiens des théâtres
parisiens ou des spectacles de cour 1. La préparation de ce volume a
donc un double objectif : célébrer l’esprit d’entreprise
symbolisé par Molière, qui n’a pas assez été pris en compte
jusqu’ici, tout en observant la manière dont l’entreprise
théâtrale des XVIIe et XVIIIe siècles et ses environs ont évolué,
des débuts de L’Illustre Théâtre à Paris en 1643 à la scission de
la compagnie de la « Maison de Molière » et de la fermeture de
celle-ci en 1793.

Examiner l’interface entre les théâtres, leurs fournisseurs et leurs
publics nous semble important afin de donner un nouvel aperçu de la
période qui a précédé l’émergence de l’industrie théâtrale
(Hemmings, 1993) et la « révolution » de la consommation (McKendrick,
Brewer et Plumb, 1982). Nous recherchons des contributions qui mettent
l’accent sur l’organisation des différentes compagnies parisiennes
et l’exploitation des théâtres, et qui relient l’histoire du
théâtre à un contexte social et économique plus large comme celui de
la vie des quartiers dans lesquels étaient implantés les théâtres
(moyens de transports, rues, et taxes - boues et lanternes). Nous
cherchons aussi à recueillir des contributions capables de mettre en
lumière la vie quotidienne des employés des théâtres à travers
leurs expériences, leurs compétences et leur travail, et révéler
comment ils ont participé à la vie théâtrale florissante qui a
marqué l’époque de Molière et plus tard le XVIIIe siècle, à un
moment où la concurrence entre compagnies et institutions rivales a
culminé. Nous sommes intéressées enfin par la façon dont les
théâtres parisiens ont été gérés comme des entreprises culturelles
et la manière dont les compagnies ont développé un réseau de
fournisseurs.

Nous invitons les historiens du théâtre, de la vie économique et
sociale, de la culture matérielle, de la consommation, de l’histoire
de Paris, Versailles ou Fontainebleau à se pencher sur les thèmes
suivants :

- Le cadre de vie : la vie quotidienne dans les quartiers ou les rues
environnant le théâtre (ou les villes accueillant les spectacles de
cour) et les locaux, l’emplacement du théâtre ; le logement des
acteurs.
- Le fonctionnement d’un théâtre ou d’une troupe : sa composition,
son organisation quotidienne et l’évolution de son administration ;
les horaires, les tâches à accomplir ; les comités.
- Les opérations financières.
- L’intérieur du théâtre : les réparations et la maintenance des
locaux, et les services ou commodités destinés à la clientèle.
- La logistique, y compris les voyages, les modes de transport, les
entrepôts, le matériel utilisé, etc.
- Les affiches et les campagnes publicitaires ; les stratégies et
innovations pour attirer les spectateurs.
- Le commerce : les fournisseurs, les biens et services fournis ; les
magasins près des théâtres ou les espaces de divertissement ; les
relations entre les théâtres et les marchands.
- Les produits dérivés et les marchandises vendues dans les
théâtres.
- Les réseaux d’employés et de familles ; les spectateurs ayant des
relations étroites avec les troupes.
- Le niveau de vie et de consommation des acteurs ou des employés ;
leurs biens immobiliers ou patrimoine ; leurs passe-temps.

Veuillez envoyer votre proposition en français ou en anglais (250 à
300 mots) accompagnée d’une courte biobibliographie (1 page maximum)
avant le 30 janvier 2020 à la fois à Sabine Chaouche
(sabinec chez sunway.edu.my) et à Jan Clarke (jan.clarke chez durham.ac.uk).

La notification d’acceptation des propositions sera envoyée d’ici
la fin du mois de février 2020.

La longueur des articles attendus (en français ou en anglais) est de 6
500 à 8 500 mots, y compris les notes de bas de page. Nous
n’acceptons pas les articles ayant déjà été publiés dans une
revue.


Note 1 :
Voir Administrer les menus plaisirs du roi : La cour, l’État et les
spectacles dans la France des Lumières de Pauline Lemaigre-Gaffier
(Paris, Champ Vallon, 2015) qui constitue une somme unique sur la
gestion des Menus Plaisirs au XVIIIe siècle. Nous n’entendons pas ici
le thème de l’argent tel qu’il apparaît dans les pièces de
théâtre, traité par Martial Poirson. Certains travaux relatifs à
l’économie du théâtre ont abordé ce sujet sans l’examiner
pleinement. Les documents d’archives sur les théâtres français
publiés par W. Howarth (1997) étaient importants. Ils ont été suivis
par le travail pionnier de Jan Clarke sur la production et la gestion du
spectacle au XVIIe siècle. Ses ouvrages sur l’Hôtel Guénégaud
(1998, 2001, 2007) puis des études ciblées sur les conditions de
création (2006), la lumière (2011) ou l’acoustique (2013) ont offert
un éclairage nouveau sur les aspects pratiques du théâtre. Les
politiques culturelles, la stratégie des acteurs pour faire du profit,
l’imbrication de l’économie, de l’écriture et de la performance
n’ont été prises en compte que récemment. Voir Mark Darlow (2012),
Sabine Chaouche (2013, 2014, 2015), S. Chaouche, Estelle Doudet et
Olivier Spina (2017) ou François Velde (2018). La vie quotidienne à
l’intérieur et autour des théâtres a également été minorée dans
les études sur le théâtre français malgré les études de Jules
Bonnassiés (1874), Georges Mongrédien (1950) et John Lough (1979) ‒
qui sont désormais assez datées. Pierre Baron a récemment publié la
biographie de Louis Lécluze (2018) qui retrace son parcours d’acteur
mais aussi d’entrepreneur (création du Théâtre des
Variétés-Amusantes). La relation entre la consommation ou la culture
matérielle et le théâtre est généralement négligée en ce qui
concerne les XVIIe et XVIIIe siècles (voir cependant l’article de J.
Clarke sur le Marais et quartier Saint-Germain (2011) et celui de S.
Chaouche (2012) qui montre comment la présence des théâtres dans
certains quartiers stimula le commerce et la consommation des
Parisiens). Le numéro de la Revue d’Histoire du Théâtre consacré
aux « Commerces du théâtre », dirigé par Léonor Delaunay et M.
Poirson (2017), couvre par exemple uniquement le XIXe siècle.

REFERENCES :

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économique, Paris, Mouton, 1967.
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chirurgien-dentiste et entrepreneur de spectacles, Paris, H. Champion,
2018.
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Paris, Didier et Cie, 1874.
BREWER, John et PORTER, Roy (dir.), Consumption and the World of Goods,
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CHAOUCHE, Sabine, « L’économie du luxe ou le théâtre recyclé.
L’intendance des Menus-Plaisirs par Papillon de la Ferté »,
Dix-Huitième Siècle, n° 40, 2008, p. 395‒412.
— , « L’implantation des théâtres privilégiés à Paris. Locus
belli, locus otii, locus negotii », dans L’Opéra de paris, la
Comédie-Française et l’Opéra-comique : Approches comparées
(1669-2010), S. Chaouche, Denis Herlin, Solveig Serre (dir.), Paris,
École des Chartres, 2012, p. 25‒38.
— , La Mise en scène du répertoire à la Comédie-Française,
1680-1815, Paris, H. Champion, 2013.
— , “Daily Life at the Playhouse’ series”, The Frenchmag, 6
épisodes, 2012 et 2013.
— , « Stratégies économiques et politiques de programmation à la
fin du XVIIe siècle. Les spectacles à l’heure des barbouilleurs et
des amuseurs », Dix-Septième Siècle, n° 265, 4, 2014, p. 677‒690.
— , « Étude économique et sociale du théâtre de Jean-François
Regnard », dans Théâtre de Jean-François Regnard, Paris, Éditions
Classiques Garnier, vol. I, 2015, p. 593‒637.
CHAOUCHE, Sabine ; DOUDET, Estelle et SPINA, Olivier (dir.), Écrire
pour la scène, European Drama and Performance Studies, n° 9, 2017-2.
CLARKE, Jan, The Guénégaud Theatre in Paris, 1673-1680. Volume one,
Founding, Design and Production, Lampeter, E. Mellen, 1998.
— , Volume Two : the Accounts Season by Season, Lampeter, E. Mellen,
2001.
— , Volume three, the Demise of the Machine Play, Lampeter, E. Mellen,
2003.
— , “The Material Conditions of Molière’s Stage”, dans The
Cambridge Companion to Molière, David Bradby, et Andrew Calder (dir.),
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— , « L’éclairage », dans La Représentation théâtrale en France
au XVIIe siècle, Pierre Pasquier et Anne Surgers (dir.), Paris, Armand
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— , « L’espace urbain dans la scénographie du dix-septième siècle
 », dans La Ville en scène en France et en Europe (1552-1709), Jan
Clarke, Pierre Pasquier, et Henry Phillips (dir.), Oxford, Peter Lang,
2011, p. 119‒138.
— , « Les conditions matérielles de la création des Précieuses
ridicules », Le Nouveau Moliériste, n°X, 2013, p. 3‒24.
— , « L’acoustique théâtrale au dix-septième siècle : le cas de
la Salle des Machine », dans Les Sons du théâtre : Angleterre et
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Xavier Bisaro et Bénédicte Louvat-Molozay (dir.), Rennes, Presses
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https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3069496 [1]

Liens :


[1] https://nam03.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fpapers.ssrn.com%2Fsol3%2Fpapers.cfm%3Fabstract_id%3D3069496&data=02%7C01%7Ch-france%40lists.uakron.edu%7Ccd81744ced8b40799e6708d798f3e508%7Ce8575dedd7f94ecea4aa0b32991aeedd%7C0%7C0%7C637146045604420838&sdata=i2uHXh8MK4sZJjA9EK%2BrfZ%2FEr0CGy%2BmVU%2BNPSJmlvGk%3D&reserved=0