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1 juin 2022, Poitiers : Le sang et la vertu. Noblesse de sang et noblesses d’âme au Moyen Âge / Virtue. Nobility of Blood and Nobilities of soul in the Middle Ages

Colloque international, Poitiers, 12-14 octobre 2023, CESCM – UMR 7302 et CRM – UMR 8596.

L’existence, au Moyen Âge, d’une catégorie sociale disposant d’une situation élevée en raison de sa naissance est un véritable lieu commun. Dès le viie siècle, Isidore de Séville, jouait sur notus (de gnosco, « connaître ») et sur ses dérivés notabilis et nobilis, et définissait le noble comme « celui dont le nom et la famille sont connus ». Cependant, alors que cette qualité se transmet de manière héréditaire, la prééminence sociale de la noblesse est aussi justifiée par les qualités et les vertus éminentes de ses membres. Vers 1030, Wolfhere de Hildesheim rappelle, dans sa Vita Godehardi, que « nul ne doit être considéré comme noble s’il ne peut prouver avoir été anobli par la vertu ». Les auteurs du xiie siècle reprennent longuement cette idée, s’appuyant sur les écrivains de l’Antiquité et notamment sur un célèbre passage des Satires de Juvénal : « À quoi bon les arbres généalogiques ? À quoi sert d’être célèbre en raison d’une longue suite d’aïeux ? La seule noblesse est la vertu ».
Cette contradiction est réutilisée à l’envi par les clercs qui, en opposant la noblesse de sang et la noblesse d’âme, entendent critiquer la conduite des aristocrates pour leur proposer un modèle comportemental davantage en accord avec la doctrine chrétienne ou encore mettre en exergue les qualités suréminentes d’une personnalité dépourvue de noblesse de sang mais revêtue de sainteté. D’autres penseurs résolvent assez facilement ce paradoxe apparent grâce à l’idée d’une transmission par le sang d’une prédisposition à la vertu. Si Jean de Meung, dans le Roman de la Rose, affirme d’abord « Nul n’est noble s’il n’est attentif aux vertus […] Noblesse vient des qualités de cœur. Car noblesse de lignage n’est pas noblesse qui vaille si la bonté du cœur y faille », il ajoute ensuite « Aussi, en eux doit reparaître la grandeur d’âme de leurs parents qui conquirent la noblesse par leurs grands exploits ». Le consensus autour de la supériorité de la noblesse d’âme sur la noblesse de sang se traduit par une attente sociale de l’existence de ces qualités éthiques chez ceux à qui l’on reconnaît une prééminence héréditaire. Cela implique également la possibilité de sa perte comme le souligne Jean Miélot, traduisant le De nobilitate de Buonaccorso de Montemagno : « Cuides-tu que on doive appeler ceulx cy nobles, desquelz la vie a este plus meschant de tant quilz ont estaient en eulx la plus excellente lumiere de noblesse ? » La réponse est sans appel : « Ilz ont deservi d’estre appellez non pas seulement non nobles, mais tres obscurs et descongneus ». La valeur sociale du sang et de la naissance est donc contrebalancée par le comportement individuel qui rejaillit sur chaque dynastie nobiliaire.
Partant du constat que la tension entre sang et vertu dans la conception de la noblesse mérite encore d’être approfondie, tout comme du besoin de faire la synthèse des recherches souvent éparses sur ces questions, une première journée de prospection a été tenue en mai 2021. Il est apparu que la dimension éthique de la représentation de la noblesse offrait un champ d’étude encore en partie à explorer, et qu’il s’agissait d’une voie d’approche particulièrement riche et prometteuse pour renouveler les travaux consacrés à la noblesse. Le projet de colloque issu de ces premières réflexions a pour objet d’examiner la manière dont s’articulent, dans la Chrétienté latine médiévale, noblesse héréditaire et noblesse d’âme. Il invite les participants à se pencher sur les représentations mentales partagées ou, au contraire, antithétiques, que les non-nobles et les nobles pouvaient avoir de la dimension éthique du rôle social de ces derniers. Il appelle à une approche largement interdisciplinaire, dans la mesure où ces thématiques relèvent de l’histoire, de l’histoire de l’art, de l’histoire du droit et de la littérature. Le cadre temporel et géographique doit amener à saisir aussi bien les continuités que les évolutions ou les spécificités régionales.
Nous proposons trois axes de réflexion pour ce colloque :
Axe 1 : La noblesse d’âme des nobles de sang.
Axe 2 : La noblesse d’âme comme fait social.
Axe 3 : La noblesse d’âme comme critère de noblesse
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Axe 1 : La noblesse d’âme des nobles de sang.
Ce premier axe questionne les conceptions théoriques de la noblesse d’âme et de la vertu qui est attendue de la part des nobles. À quoi correspondent ces qualités éthiques que l’on exige des nobles ? Quels sont les comportements attendus d’un noble qui permettent de justifier sa suprématie sociale ? Peut-on parler d’une position univoque de la société face à ces attentes ? Existe-t-il des modèles concurrents ? Comment le noble vertueux ou, au contraire, son antithèse est-il représenté dans l’iconographie ou la littérature ? Comment pense-t-on les rapports entre la virtus qui se transmet de manière héréditaire et les actes bons qui relèveraient du libre arbitre individuel ?

Axe 2 : La noblesse d’âme comme fait social.
Il s’agit ici de s’interroger sur la manière dont ces conceptions théoriques se traduisent dans les faits. Les nobles se sentent-ils tenus par des obligations éthiques ? La dialectique entre le sang et la vertu est-elle reflétée par le système de valeurs que les nobles se transmettent de génération en génération ? Se traduit-elle dans ses engagements politiques et religieux ? Qu’en est-il des communautés non-chrétiennes au sein de la Chrétienté latine ?

Axe 3 : La noblesse d’âme comme critère de noblesse.
Ce troisième axe entend s’interroger sur la noblesse d’âme en tant que critère discriminant au sein du groupe social nobiliaire, mais aussi de la société toute entière. La reconnaissance de qualités éthiques peut-elle entraîner un anoblissement ? Le mérite éthique facilite-t-il l’intégration à la noblesse ? Est-il perçu comme déterminant dans l’ascension sociale ? Quelle est la part de l’aspect éthique dans l’existence de professions anoblissantes ou, au contraire, dérogeantes ? Quelle part tient l’absence de ces « qualités de cœur » dans la déchéance d’un noble ? Est-il possible de perdre son appartenance à la noblesse pour des raisons d’ordre exclusivement moral ? La chute d’un individu entraîne-t-elle la damnatio memoriae de toute sa maison ? Existe-t-il des possibilités de regagner sa noblesse après une déchéance ? Qu’en est-il des enfants d’un noble déchu ? Comment cela se traduit-il aussi bien symboliquement que concrètement ?

[English version] Call for papers
Blood and Virtue. Nobility of Blood and Nobilities of soul in the Middle Ages
International colloquium, Poitiers, 12th-14th October 2023, CESCM – UMR 7302 and CRM – UMR 8596.

The existence, in the Middle Ages, of a social category with a high situation because of its birth is commonplace. As early as the 7th century, Isidore of Seville played on notus (adjectivized past participle of gnosco, “know”) and its derivatives notabilis and nobilis, and defined the noble as “Someone whose name and family are known”. However, while this quality is inherited, the social pre-eminence of the nobility is also justified by the outstanding qualities and virtues of its members. Around 1030, Wolfhere of Hildesheim recalled that “no one should be considered noble if he cannot prove that he was ennobled by virtue”. The authors of the twelfth century take up this idea at length, relying on the writers of Antiquity and in particular on a famous passage of the Juvenal’s Satires: “What is the point of family trees? What is the point of being famous because of a long chain of ancestors? The only nobility is the virtue”.
This contradiction is reused nonstop by the clerics, who in opposing the nobility of blood and the nobility of soul, intend to criticize the conduct of the aristocrats to propose them a behavioral model closer with the Christian doctrine or to emphasize the overbearing qualities of a personality devoid of blood nobility but holy. Other thinkers quite easily resolve this apparent paradox through the idea of a blood transmission of a predisposition to virtue. If Jean de Meung, in the Roman de la Rose, first of all, affirms “No one is noble unless he is attentive to virtues… Nobility comes from qualities of the heart. For nobility of lineage is not nobility that is worth if the goodness of the heart fails it”, he then adds “Also in them must reappear the greatness of soul of their parents who conquered the nobility by their great exploits”. The consensus around the superiority of soul nobility over blood nobility results in a social expectation of the existence of these ethical qualities in those to whom we recognize a hereditary pre-eminence. This also implies the possibility of his loss. The social value of blood and birth is therefore counterbalanced by the individual behavior that reflects on each nobiliary dynasty.
Starting from the observation that the tension between blood and virtue in the conception of the nobility still deserves to be dealt in depth and the need to synthesize the often-scattered research on these questions, the first day of prospecting was held in May 2021. It appeared that the ethical dimension of the representation of the nobility offered a field of research still in part to be explored and that it was a particularly rich and promising approach to renew the nobility studies. The purpose of the draft colloquium resulting from these first reflections is to examine how are articulated, in medieval Latin Christianity, hereditary nobility and nobility of soul. It invites the participants to consider the shared or, on the contrary, antithetical mental representations that non-nobles and nobles could have of the ethical dimension of the latter’s social role. It calls for a broadly interdisciplinary approach, insofar as these themes relate to history, art history, the history of law, and literature. The temporal and geographical framework must make it possible to grasp both continuities and regional developments or specificities.
We propose three themes of reflection for this colloquium:
Theme 1: Blood nobles’ Nobility of soul.
Theme 2: Nobility of soul as a social fact.
Theme 3: Nobility of soul as a criterion of nobility.

Theme 1: Blood nobles’ Nobility of soul.
This first theme questions the theoretical conceptions of the nobility of soul and the virtue that is expected from the nobles. To what do these ethical qualities which are demanded of nobles correspond? What are the expected behaviors of a nobleman that justify his social supremacy? Can we speak of a firm’s unequivocal position in the face of these expectations? Are there competing models? How is the virtuous noble or, on the contrary, its antithesis represented in iconography or literature? How do we think about the relationship between the virtues that are passed on hereditary and the good acts that would come under an individual free will?

Theme 2: Nobility of soul as a social fact.
The question here is how these theoretical conceptions are translated into reality. Do nobles feel bound by ethical obligations? Is the dialectic between blood and virtue reflected in the system of values that the nobles pass on from generation to generation? Does it translate into its political and religious commitments? What about the non-Christian communities within Latin Christendom?

Theme 3: Nobility of soul as a criterion of nobility.
This third theme aims to question the nobility of the soul as a discriminating criterion within the aristocratic social group, but also within society as a whole. Can the recognition of ethical qualities lead to an anomaly? Does ethical merit facilitate integration into the nobility? Is it perceived as a determinant of social ascension? What is the share of the ethical aspect in the existence of ennobled or, on the contrary, derogatory professions? What part does the absence of these «qualities of heart» play in the decline of a nobleman? Is it possible to lose one’s nobility for exclusively moral reasons? Does the fall of an individual lead to the damnatio memoriae of his entire house? Are there opportunities to regain nobility after a forfeiture? What about the children of a fallen nobleman? How does this translate both symbolically and concretely?

Organisation et propositions / Organisation and submission

Période/Period : ve-xve siècles/5th-15th centuries
Espace/Area : Chrétienté latine/The Latin West
Lieu/Place : Poitiers, CESCM.
Date/Date : 12-14 octobre 2023/12th-14th October 2023

Modalités d’intervention/Communication form
Les communicants interviendront sur une durée de 30 minutes qui sera suivie d’un temps de discussion.
Papers will be 30 minutes each, followed by a discussion.

Modalités de soumission/Submission form

Les propositions de communication devront correspondre aux thèmes de réflexion développés ci-dessus. Elles prendront la forme d’un résumé (300-500 mots), accompagné d’un titre provisoire. Elles devront être soumises par email en format Word ou OpenOffice (.doc, .docx, .odt) aux organisateurs avant le 1er juin 2022.
The communication proposals should correspond to the themes of reflection developed above. They will take the form of a summary (300-500 words), accompanied by a provisional title. They must be submitted by email in Word or OpenOffice format (.doc, .docx, .odt) to the organizers before 1 June 2022.

Organisateurs/Organizers
Martin Aurell (Université de Poitiers, CESCM) : aurell chez univ-poitiers.fr
Frédérique Lachaud (Sorbonne Université, CMR) : lachaud chez sorbonne-universite.fr
Clément de Vasselot (Sorbonne Université, CMR) : de_vasselot_de_regne chez sorbonne-universite.fr

Édition/Publication
Les actes de ce colloque, accompagnés de ceux de la journée d’étude de prospection du 8 mai 2021, seront publiés.
The proceedings of this colloquium, along with those of the exploration Study day of May 8th, 2021, will be published.