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26-28 nov. 2026, Paris : Blanche de Castille. Exercer le pouvoir au féminin (1226-1252)
La « régence » de Blanche de Castille a longtemps été présentée, dans l’historiographie savante comme dans le « roman national » comme un simple prélude au règne de son fils, dont la grandeur aurait été préparée et amplifiée par l’exceptionnalité de sa mère. Les avancées historiographiques des dernières décennies ont largement déplacé ces questions. Les Queenship studies ont mis l’accent sur les modalités du gouvernement au féminin et sur les conditions d’effectivité de l’autorité féminine plutôt que sur une supposée exceptionnalité individuelle (Duggan, 1997 ; Earenfight, 2013 ; Gaude-Ferragu, 2014 ; cf. le cours « Mâle royaume » actuellement dispensé au Collège de France par Patrick Boucheron ou encore le congrès de la SHMESP 2026, « Des femmes ‘puissantes’ ? Les modalités de l’action féminine au Moyen Âge »). Les biographies récentes de Blanche de Castille (Grant, 2016 ; Gaude-Ferragu, 2025), dans la même dynamique historiographique que celles consacrées à d’autres reines médiévales, ont souligné la singularité de son action, la prenant comme un objet historique à part entière. Pendant ce temps, d’autres travaux ont attiré l’attention sur les nombreuses autres femmes qui exercent un pouvoir dans la France du xiiie siècle, à l’instar de Blanche, mais dans son ombre (Vasselot de Régné, 2026). Parallèlement, l’essor des travaux sur la gouvernementalité capétienne a mis en lumière les dispositifs concrets de gouvernement – production écrite, actes, comptabilité, sceaux, réseaux – (Nielen, 2011 ; Dejoux, 2014, 2024, 2025 ; Grant, 2018), permettant de resituer l’action de Blanche de Castille en leur cœur.
La réginalité de Blanche de Castille
La trajectoire politique de Blanche de Castille – entre son statut de reine, puis de reine douairière, ainsi que ses deux régences –, pose la question des continuités et des ruptures dans son action politique. Elle appelle à l’établissement d’une chronologie fine afin d’identifier les moments où l’exercice du pouvoir se reconfigure. Il s’agit de se demander quand et comment la reine et le roi – Blanche et Louis IX – gouvernent. Dans ces différentes temporalités, agissent-ils principalement comme des figures morales supervisant une administration, ou comme des acteurs de relations politiques ? Quelles recompositions peut-on observer au fur et à mesure des années ? Existe-t-il des différences entre les modes de gouvernement de Blanche pendant ses deux régences ?
Ces interrogations conduisent à s’intéresser à la « réginalité », c’est-à-dire à toutes les formes mobilisées par les reines médiévales pour exercer le pouvoir : mécénat artistique, fondations pieuses, élaboration des normes, structuration et mobilisation de l’entourage, intercession politique et diplomatique. La capacité à gouverner se lit dans l’écrit (actes, formules, souscriptions) et se matérialise dans les dispositifs de validation (sceaux, contre-sceaux, matrices, pratiques de scellement), comme l’a souligné récemment le colloque « Gratia Dei regina ». Actes écrits et mécénat des femmes de pouvoir (xiii-xvie s.) (Université Sorbonne Paris Nord, 2024). La piété de Blanche est au croisement de la spiritualité et de la réginalité. La première structure la seconde par des réseaux, des fondations, des programmes iconographiques et architecturaux, des donations et des dispositifs de mémoire liturgique (Gajewski, 2012, Pellón Gómez-Calcerrada, 2013).
Blanche de Castille en contexte européen
Blanche de Castille s’inscrit pleinement dans l’espace politique de la chrétienté latine. Fille d’Alphonse VIII de Castille, petite-fille d’Aliénor d’Aquitaine et épouse de Louis VIII de France, elle incarne la convergence des lignages royaux ibériques, capétien et anglo-angevin.
Fille du roi vainqueur des Almohades à Las Navas de Tolosa, en 1212, Blanche apporte dans la famille royale capétienne l’héritage d’une dynastie qui s’est forgée dans ce que l’on a appelé a posteriori la « Reconquista ». Sa grand-mère, Aliénor d’Aquitaine a contribué, par l’héritage anglo-angevin qu’elle lui a transmis, à fonder les prétentions de Louis VIII à la couronne d’Angleterre lors de l’expédition de 1216-1217. Mais elle a également pu constituer pour Blanche un modèle – ou un contre-modèle – de « réginalité ». Son degré d’influence doit encore être précisément évalué.
Blanche s’appuie sur des relais en Péninsule Ibérique, notamment à travers des liens dynastiques et religieux. Le pouvoir dont elle dispose lui permet de favoriser des membres de sa famille et faciliter leur établissement en France. Elle entretient des relations politiques avec l’Angleterre et la papauté. Son rôle dans la politique européenne mérite d’être davantage exploré selon une perspective comparatiste, confrontant son gouvernement avec celui d’autres régentes ou baillistres contemporaines. Le regard porté sur Blanche depuis l’étranger mérite lui aussi d’être exploré.
La sacralisation de la monarchie capétienne
Blanche de Castille a également contribué à la construction de la dimension sacrée du pouvoir capétien. Elle accompagne et parfois dirige les pratiques d’intercession royales, comme pendant le siège de La Rochelle, en 1224. Dès la mort de son mari, elle organise le sacre de son fils Louis IX. Elle s’inscrit en outre dans un ensemble de pratiques liturgiques et commémoratives qui contribuent à associer étroitement la royauté capétienne à la médiation du sacré. Elle veille à ce que ses enfants reçoivent une éducation religieuse exemplaire, si bien que les hagiographes de saint Louis en ont fait la principale artisane de la sainteté de son fils. Cette dimension religieuse s’inscrit également dans une politique de fondations et de patronage monastiques (Maubuisson, Le Lys), qui participent à la mise en mémoire dynastique et à l’inscription du pouvoir capétien dans un ordre spirituel. Le procès de canonisation du roi la présente comme une sancta radix, une « sainte racine » de la lignée capétienne. Le rôle exact qu’elle a joué dans la sacralisation de la monarchie capétienne reste encore à être précisément évalué.
Image et mythe de Blanche de Castille
Blanche de Castille a très tôt fait l’objet de représentations, qu’elles soient figurées ou écrites, qu’elle a parfois commandées elle-même. L’historiographie comme les récits de vulgarisation se sont principalement appuyées sur les sources écrites, construisant deux portraits devenus classiques : celui de la virago, reine autoritaire et dominatrice et celui de la mère sage et dévote, qui ne s’excluent pas nécessairement. Les logiques propres des sources qui véhiculent ces représentations doivent être interrogées, notamment les représentations genrées du pouvoir et les attentes spécifiques pesant sur les figures féminines de gouvernement. Il s’agit de relativiser ces clichés en confrontant le discours historiographique à l’analyse des dispositifs de mise en scène, tant visuels qu’écrits, dans les sources du xiiie siècle – codes émotionnels, circulation des rumeurs politiques, etc. – (Vasselot de Régné, 2022). La manière dont la mémoire de Blanche a été construite pourrait ainsi être explorée, jusqu’à l’époque contemporaine.
Programme
Jeudi 26 novembre
École Normale Supérieure de Paris (salle des Actes)
14h00 : Introduction
Session 1 : Blanche de Castille et la péninsule Ibérique (14h30-17h00).
Présidente de session : Murielle GAUDE FERRAGU (Université Sorbonne Paris-Nord)
Adeline RUCQUOI (CRH-EHESS) : « Alphonse VIII de Castille : “le Petit” ou “le Noble” ? ».
María PELLÓN GÓMEZ-CALCERRADA (chercheuse indépendante), « Blanche de Castille, reine mère (1234-1248) : relations avec les royaumes péninsulaires et mécénat artistique ».
Maximiliano ETCHEPARE GUERRA (Universidade de Lisboa), « Blanche de Castille et le Portugal : entre liens familiaux et intérêts stratégiques ».
Discussion.
Vendredi 27 novembre
Collège des Bernardins (petit auditorium)
9h00 : Ouverture des portes.
9h15 : Accueil du collège des Bernardins.
Session 2 : Le gouvernement de Blanche de Castille (9h30-12h30).
Présidente de session : Lindy GRANT (University of Reading ; Courtauld Institute of Art)
Ghislain BRUNEL (Archives nationales) : « L’éternité et le quotidien. Enquête sur les chartes et les lettres de Blanche de Castille ».
Jean-François MOUFFLET (Archives nationales) : « Les actes de Louis IX sous les régences de Blanche ».
Pierre-Anne FORCADET (Université d’Orléans) : « Blanche de Castille, une reine à la curia regis����� ����� ».
Hannah Teddy SCHACHTER (Institut Van Leer de Jérusalem) : « Blanche de Castille et les Juifs : une minorité religieuse dans la construction de la réginalité capétienne ».
Discussion.
Session 3 : Rumeurs et médisances (14h00-15h15).
Présidente de session : Ana RODRIGUEZ (CSIC-Madrid)
Laurent MACÉ (Université Toulouse – Jean Jaurès) : « “Parce que c’était son cousin”. Blanche de Castille et le comte Raimond VII de Toulouse (1226-1249) ».
Pascal MONTAUBIN (Université de Picardie Jules Verne) : « Blanche et Romano, la reine et le légat, 1225-1230 ».
Discussion.
Session 4 : Blanche souveraine et modèle (15h45-17h00).
Présidente de session : Adeline RUCQUOI (CRH-EHESS)
Murielle GAUDE FERRAGU (Université Sorbonne Paris-Nord) et Marie-Adélaïde NIELEN (Archives nationales) : « Les représentations souveraines de Blanche de Castille ».
Aubrée DAVID-CHAPY (Sorbonne Université) : « Blanche de Castille, modèle éthique et politique pour les régentes de la Renaissance ».
Discussion.
Samedi 28 novembre
Campus Condorcet, Centre de Colloques (salle 100)
Session 5 : Reines comme Blanche (9h30-12h45).
Président de session : Laurent MACÉ (Université Toulouse – Jean Jaurès)
Ana RODRIGUEZ (CSIC-Madrid) : « Modèles de réginalité. Le royaume de Castille et les sœurs de Blanche ».
Lindy GRANT (University of Reading ; Courtauld Institute of Art) : « Wielding Power : Blanche of Castile and Eleanor of Aquitaine ».
Filippo SARRA (École des chartes) : « Une réginalité contestée : les cas d’Ingeborg de Danemark sous le règne de Philippe Auguste (1193-1223) »
Amicie PÉLISSIÉ DU RAUSAS (Université de La Rochelle) : « Marguerite de Provence, l’épouse de pouvoir ». Discussion.
Session 6 : Blanche, postérité (13h30-14h45).
Président de session : Ghislain BRUNEL (Archives nationales).
Danièle ALEXANDRE-BIDON (CRH-EHESS) et Anna DENIS (Université Paris-Est Créteil), : « Dans l’ombre d’un saint. Blanche de Castille en bande dessinée, entre virago et sancta radix ».
Fuensanta MURCIA NICOLÁS (Universidad de Murcia) : « Mère, conseillère, commanditaire : Blanche de Castille, modèle d’autorité au sein de la dynastie Capétienne ». Discussion.
CONCLUSIONS (14h45-15h15)
LIEUX
Petit Auditorium - Collège des Bernardins 20 Rue de Poissy
Paris, France (75005)
Salle 100 - Campus Condorcet - Centre de colloques - Place du Front populaire
Aubervilliers, France (44100)
