Accueil / Art et culture / Arts décoratifs / Etudes modernes / Les plantes de salon en France au XIXe siècle. (...)

Les plantes de salon en France au XIXe siècle. Nature, genre et société

Camille Lorenzi

Lorenzi, Camille, « Les plantes de salon en France au XIXe siècle. Nature, genre et société », Hypothèses, vol. 18, no. 1, 2015, p. 39-50.

Extrait de l’article

“Pour remplacer la campagne, j’ai mon jardin sur mes fenêtres ; j’éprouve une joie de propriétaire à renouveler les fleurs de mes caisses, à semer des graines, et arroser mes plantes. C’est le grand luxe de mon modeste intérieur ; je trompe ainsi la destinée, me contentant de ce que j’ai, sans murmurer de ce qui me manque.”

Les propos, placés en exergue de ce texte, sont de la plume d’une jeune fille, Thérèse – qui habite à Paris – et écrit, pendant l’été 1863, à une de ses amies établie à la campagne. Elle pose la question centrale de cette intervention, dans le cadre de la thématique de la journée intitulée « Nature et société » : celle du rapport des citadins avec la nature dans la deuxième moitié du XIXe siècle, à une époque où les villes sont en prise avec les avancées constantes de l’industrialisation et de la concentration urbaine. Ce rapport est intéressant à étudier à travers l’exemple des plantes d’intérieur, telles que les cultive Thérèse chez elle. Thérèse considère ses plantes comme une image de la « campagne » qu’elle oppose dans ses propos à la vie urbaine : c’est donc la dimension « naturelle » des plantes qui prime ici. Par ailleurs, les plantes tendent à cette même époque à se multiplier dans les appartements de façon générale, et ce, sous de multiples formes toujours réinventées, que ce soit dans une jardinière élégante au beau milieu d’un salon, ou dans une vaste serre au sein d’un grand hôtel particulier ; plus qu’une image de la nature, elles constituent alors un symbole ostentatoire de la richesse et de la modernité d’un intérieur urbain, et prennent leur place au sein des autres bibelots qui ornent les pièces d’apparat. Considérer le rapport des citadins à la nature à travers l’exemple des plantes d’intérieur conduit finalement à envisager l’émergence d’un nouvel hybride, issu du croisement entre la plante qui pousse dans la nature et l’objet qui orne les intérieurs parisiens.

Lire la suite (cairn.info)