Accueil / Histoire et fonction / Perception de la cour & la royauté / Etudes modernes / Le duc Claude, opposant ?

Le duc Claude, opposant ?

Christophe Blanquie

Blanquie, Christophe. Le duc Claude, opposant ?, Cahiers Saint Simon, n° 26, 1998. Ecrivains lecteurs des Mémoires p. 53-56.

Extrait de l’article

La disparition de Richelieu aurait dû, à en croire son fils, ramener le premier duc de Saint-Simon dans la faveur du roi, mais Louis XIII ne survit guère à son ministre. Les Mémoires rapportent comment la charge de Grand écuyer de France, cette dernière bonté de Louis XIII, à la fois une récompense et une réparation, lui est déniée par de trop habiles courtisans. Chéruel souligne qu’il ne se confine pas dans son gouvernement de Blaye, mais « revient au contraire plusieurs fois se mêler aux intrigues dirigées contre Mazarin ». De fait, il est difficile de reconstituer les étapes de la désillusion du duc Claude, jusqu’à la tentation frondeuse, lors de la prison des princes, en 1650, et du voyage de la princesse de Condé à Bordeaux. Surtout, comment appréhender les conditions concrètes des choix politiques aux débuts du gouvernement de Mazarin ? L’acte par lequel le gouverneur de Blaye se constitue opposant à un édit royal semble en offrir une occasion inespérée. Prolongeant la politique de son prédécesseur, Mazarin s’efforce de renforcer la présence monarchique dans les provinces frontières en y installant de nouvelles juridictions, dont la création contribue, grâce à la vente des offices qui les composent, à remplir les caisses royales. Ce faisant, la monarchie heurte les droits ou les intérêts de quelques grands seigneurs, civils ou ecclésiastiques, froisse les privilèges de villes concurrentes et limite l’autorité des magistrats qui y siègent. Tous ceux-là peuvent former une opposition à l’enregistrement des édits portant création des tribunaux litigieux. L’enregistrement par les cours souveraines constitue en effet un préalable à l’exécution des édits du roi. S’opposer à l’enregistrement d’un édit revient à essayer de mettre en échec la volonté royale pour défendre ses intérêts propres. Les difficultés que les conseillers des parlements ou du Grand conseil font parfois à l’enregistrement des textes royaux ne tiennent pas seulement à des conceptions corporatives mais reflètent aussi leur fonction institutionnelle et les oppositions formées par des personnes, des villes ou des corps.

Lire la suite (persee.fr)