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Les bons mots d’Henri IV. Pratiques de compilation et usages des paroles mémorables (v. 1580-v. 1660) 

François Lavie

Lavie, François, « Les bons mots d’Henri IV. Pratiques de compilation et usages des paroles mémorables (v. 1580-v. 1660) », Hypothèses, vol. 21, no. 1, 2018, p. 269-282.

Extrait de l’article

En 1614, l’auteur piémontais Giovanni Botero écrit à propos du défunt roi de France Henri IV : « [Il] avait un esprit et une conversation prompts aux facéties et aux bons mots  ». La réputation du premier Bourbon avait donc traversé les frontières du royaume quelques années seulement après sa mort. Le fait de rapporter ce trait de caractère n’a rien d’anecdotique : Botero rattache Henri IV au modèle du rex facetus élaboré pendant le Moyen Âge. Jacques Le Goff a bien montré que la faculté de « faire des plaisanteries » était devenue « une des fonctions presque obligées du roi » dans l’exercice du pouvoir durant les XIIe et XIIIe siècles avec les figures emblématiques d’Henri II d’Angleterre et de Saint-Louis. Cependant, c’est à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance que le modèle se diffuse dans toute l’Europe : Alphonse V d’Aragon, Matthias Corvin, les rois de France Louis XI et François Ier, laissent à la postérité une réputation de diseurs de bons mots.
De nombreux contemporains ont dépeint Henri IV en rex facetus. Jean-Baptiste Legrain, conseiller et maître des requêtes ordinaire de l’hôtel de Marie de Médicis, estime que la « naïveté de sa nature » et la « vivacité de son esprit » se voyaient dans les « reparties » et les « termes aygus et pleins de bonne rencontre » dont il était coutumier. Ce trait ne lui valait pas que des sympathies : en août 1593, une semaine après l’abjuration du roi, le prédicateur ligueur Jean Boucher estime que son « naturel moqueur et raillard, voire mesme és choses sainctes » est une raison suffisante pour douter de la sincérité de sa conversion à la religion catholique : la raillerie n’est-elle pas l’arme des hérétiques de tout crin, de Luther à Henri Estienne en passant par Rabelais ?

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