Accueil / Histoire et fonction / Religion, spiritualité et ésotérisme / Etudes modernes / Le Rosaire de La Forêt-Fouesnant (Basse-Bretagne)

Le Rosaire de La Forêt-Fouesnant (Basse-Bretagne) : jeux de pouvoir et création collective de l’image religieuse royale sous Louis XIV

Géraldine Lavieille

Lavieille, Géraldine, « Le Rosaire de La Forêt-Fouesnant (Basse-Bretagne) : jeux de pouvoir et création collective de l’image religieuse royale sous Louis XIV », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2014/2 (n° 61-2), p. 89-119.

Extrait de l’article

« Le Phaëton d’une voiture à foin
Vid son char embourbé. Le pauvre homme estoit loin
De tout humain secours. C’estait à la Campagne
Pres d’un certain canton de la basse Bretagne,
Appelé Quimpercorentin.
On sçait assez que le Destin
Adresse là les gens, quand il veut qu’on enrage :
Dieu nous preserve du Voyage. […] »

Ainsi commence la fable du « Chartier embourbé » publiée par Jean de La Fontaine en 1668, qui soulignait le topos d’un diocèse de Quimper-Cornouaille arriéré. C’est pourtant dans cette Basse-Bretagne éloignée physiquement et culturellement de la capitale et de la cour que fut commandé quelques années plus tard un grand tableau à l’iconographie complexe, destiné à orner l’autel de la confrérie du Rosaire sise dans la trève rurale de La Forêt-Fouesnant (document 1).

Dans un cadre en trompe-l’œil imitant l’architecture d’un retable et orné de quinze médaillons figurant les mystères joyeux, douloureux et glorieux, qui forment le socle de la dévotion au rosaire, prend place une double scène de donation du rosaire et dévotion à celui-ci. Au-dessus d’une nuée épaisse trône une Vierge à l’Enfant qui regarde avec bonté saint Dominique agenouillé à sa droite, auquel elle tend un chapelet ; symétriquement, Jésus donne à sainte Catherine de Sienne un autre chapelet et la bénit. Dessous sont peints deux groupes de personnages, séparés par une loggia ouvrant sur un paysage maritime. À droite, saint Louis précède la famille royale : Louis XIV au premier plan, son épouse Marie-Thérèse à ses côtés, suivis d’un courtisan plus jeune qui pourrait être leur fils Louis le Grand Dauphin. Face à eux, le pape est suivi d’un cardinal (vêtu d’une soutane, d’une mozette et d’une barrette rouge), d’un évêque (en violet) et d’un autre clerc.

Lire la suite (cairn.info)