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Perspectives politiques, idéologiques et religieuses : la Lettre anonyme au Roi

Marie-Paule de Weerdt-Pilorge

Weerdt-Pilorge, Marie-Paule de, Perspectives politiques, idéologiques et religieuses : la Lettre anonyme au Roi, Cahiers Saint-Simon, n° 32, 2004. L’oeuvre hors Mémoires, p. 31-42.

Extrait de l’article

Avec la Lettre anonyme au Roi, nous sommes en présence d’un document à part dont l’étrangeté saisit l’imagination. Comme son nom l’indique, cette lettre n’est pas signée ; nous ne conservons pas l’original mais seulement une copie dont l’écriture est inconnue et qui ne se retrouve dans aucun autre portefeuille de Saint-Simon ; la pagination manuscrite de la lettre (de la page 1 à 181) montre elle-même qu’elle n’appartient pas au même portefeuille que les autres papiers de Saint-Simon. Enfin, le mémorialiste ne fait jamais état de cette lettre dans ses Mémoires. Seule figure sur le document la date d’avril 1712 faisant légitimement penser qu’elle fut rédigée pendant les derniers jours de mars et les premières semaines d’avril 1712 à Paris ou dans son cabinet de Versailles pour des raisons évidentes de sécurité.

Mais avant de pénétrer au cœur de cette tourmente, nous avons voulu nous interroger sur le statut d’une telle lettre qui restait problématique à bien des égards. Nul doute qu’elle s’inscrive, comme nous allons le montrer désormais, dans un mouvement de contestation, nul doute qu’elle renvoie à une certaine topique de la lettre anonyme comme nous allons l’indiquer, en rapprochant cette lettre de celle de Fénelon. Au début du règne de Louis XIV, l’image du monarque a été largement célébrée, encensée à travers harangues, éloges, relations de cérémonie, discours généthliaques et autres épithalames et ce, en harmonie avec les conquêtes militaires et les succès économiques. Saint-Simon évoque lui-même dans sa lettre tout cet art encomiastique qui a inondé le règne, idoles trompeuses au regard de l’éternité et que le souverain doit remplacer par un ouvrage plus durable, la réforme du gouvernement ; il faut songer, note l’épistolier en s’ adressant au souverain, à vous faire ériger dans tous les cœurs et dans toutes les places publiques de leurs restes de villes délabrées, qu’ils espéreront raccommoder, des statues et des monuments plus durables en eux-mêmes, plus honorables à votre mémoire, plus innocents devant Dieu que ne l’ont été ce petit nombre d’ouvrages de sculpteurs et de peintres gagés (...).

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