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Marie-Antoinette, reine de l’écran

Nicole Foucher-Janin

Nicole Foucher-Janin, « Marie-Antoinette, reine de l’écran », Apparence(s), 6, 2015

Extrait de l’article

Tout en se référant à une réalité passée, un film historique ne saurait échapper à l’actualité de son époque. S’il s’inspire de faits attestés par l’histoire, la somme de connaissances dont dispose le réalisateur est en perpétuelle évolution et l’interprétation proposée dépend étroitement de l’époque qui les offre. De plus, le cinéma traduit les événements sélectionnés dans une démarche artistique qui reflète l’approche personnelle du cinéaste, même s’il reste imprégné de la sensibilité et des modes de pensée de la société contemporaine. Cette transposition est encore plus complexe si la mode, qui marque le quotidien dans les tenues, les décors et les modes de vie, tient une place importante dans l’œuvre, jusqu’à en être un thème récurrent, voire un élément du scénario. Le film «  en costumes  » ne met pas en jeu la seule vérité des événements, mais aussi la vérité des représentations  : parmi les faits qui ont tissé l’histoire, lesquels montrer et surtout à travers quelles images  ?

La diversité des approches que propose le cinéma est inévitable, vu le nombre de films (une quarantaine) qui prennent Marie-Antoinette comme héroïne principale ou lui offrent un (second) rôle. Si la reine fascine surtout les réalisateurs français et américains, elle a aussi retenu l’attention d’Italiens ou de Japonais, traversant toute l’histoire du cinéma  : les premiers films, muets, sont suivis de films parlants ou même musicaux  ; au noir et blanc initial succède la couleur ou plutôt les couleurs, déclinées avec brio. De nombreux genres cinématographiques sont illustrés  : drame ou mélodrame, divertissement léger mené par les jeux de l’amour, film historique privilégiant tour à tour l’événementiel, la peinture de la vie quotidienne ou la réflexion sur l’histoire. Les images du personnage sont variées, jusqu’à la contradiction  : victime ou responsable, frivole ou sérieuse, attachante ou hautaine, à chaque nouvelle incarnation, la reine rivalise avec celles qui l’ont précédée. La presse se plaît à jouer des chiffres jusqu’à titrer  : «  Michèle Morgan et Maria Schell seront les 13e et 14e Marie-Antoinette  »  ; sans oublier que certaines actrices ont compliqué ce décompte, se succédant… à elles-mêmes, telles Diana Karenne (1922 et 1929), Susanne Bianchetti (1926, 1927 et 1934) ou Lana Marconi (1953 et 1955).

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