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Les bibliothèques françaises en ligne : Une vue de l’extérieur

Jack Kessler

Kessler, Jack, « Les bibliothèques françaises en ligne : Une vue de l’extérieur », BBF, 2002, n° 5, p. 10-31
[en ligne] <http://bbf.enssib.fr> Consulté le 23 janvier 2008

Extrait de l’article

La navigation sur Internet connaît un de ses moments les plus exaltants dans la découverte de ressources distantes. J’ai vécu cet instant pour la toute première fois un soir de 1989, à l’université de Californie, quand un étudiant m’a montré comment consulter les fiches de catalogue des bibliothèques d’Oxford – de l’autre côté de l’Atlantique, au Royaume-Uni – à partir d’un laboratoire installé dans les sous-sols de Berkeley. À l’époque, cela s’apparentait pour moi à de la magie pure et simple.

Dès lors, l’accès « international » aux bibliothèques présentes sur l’Internet n’a cessé de me passionner. Le Royaume-Uni avait cependant des côtés par trop familiers : si le contact avec Oxford était en soi excitant, la langue quasi commune que partagent les Américains et les Britanniques rendait l’accès Internet entre ces deux pays presque évident et banal. La France, qui comptait aussi parmi les pionniers de l’essor de l’Internet, avait de grandes bibliothèques, des innovations comme le Minitel, et des questions très comparables à poser aux nouvelles techniques de numérisation. Surtout, il n’y avait rien d’évident ni de banal dans l’usage que ce pays faisait de l’Internet, que l’on pense au prodigieux engouement pour les nouvelles technologies ou aux immenses difficultés que soulève forcément la volonté d’essayer de tout faire en deux langues. De mon point de vue, et à ce moment-là, la France apparaissait comme un objet d’étude fascinant, à cause de la sophistication qu’y connaissaient les techniques de numérisation et parce qu’elle représentait idéalement les pays du monde non anglophone qui, sous peu, devraient eux aussi affronter l’assaut de l’Internet. Cette fascination perdure ; les problèmes qui, au départ, se sont posés aux Français se posent à l’heure actuelle aux Chinois, aux Japonais, aux Indonésiens et à bien d’autres.

Il s’agit donc ici de tenter de cerner ce que cela peut signifier d’être un étranger dans l’utilisation des techniques numériques ; et plus précisément un étranger qui, à partir des États-Unis, tente de localiser et d’utiliser des ressources de bibliothèque disponibles sur l’Internet, et en l’occurrence matériellement situées en France. On pourrait toutefois renverser les choses : les arguments développés ici valent également pour un utilisateur qui, à partir de la France, chercherait à utiliser un catalogue en ligne proposé par une bibliothèque du Kansas – ou pour quelqu’un qui voudrait les utiliser toutes à partir du Japon, ou encore pour quelqu’un qui, des États-Unis ou de France, essaierait de comprendre le message qu’entend transmettre l’excellent site en ligne de la Bibliothèque nationale de Chine. Des progrès ont certes été accomplis, mais quantité de vieux problèmes persistent, et il est affligeant de constater qu’ils restent aussi entiers qu’en 1989, que plusieurs d’entre eux, même, ne sont toujours pas pris en compte.

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