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La prosopographie, une ressource pour l’histoire sociale

Pierre-Marie Delpu

Delpu, Pierre-Marie, « La prosopographie, une ressource pour l’histoire sociale », Hypothèses, vol. 18, no. 1, 2015, p. 263-274.

Extrait de l’article

Lié par son étymologie au masque de théâtre, le prosopon, le terme « prosopographie » est d’un emploi ancien, mais d’un sens imprécis. Il apparaît pour la première fois au XVIIIe siècle pour désigner une liste d’individus. En 1863, le dictionnaire d’Émile Littré indique qu’il s’agit d’un « terme de rhétorique » désignant « une espèce de description qui a pour objet de faire connaître les traits extérieurs, la figure, le maintien d’un homme, d’un animal ». Dans les décennies qui suivent, le terme est cependant détourné de son sens originel par les historiens de l’Empire romain pour désigner la mise en série de notices biographiques. Dans la Prosopographia Imperii Romani de 1896, Theodor Mommsen rappelle toutefois que cet usage du terme est impropre, mais désormais trop courant pour pouvoir être corrigé. Le glissement de sens est achevé quand, en 1963, le Grand Larousse Encyclopédique définit la « prosographie » [sic] comme une « science auxiliaire de l’épigraphie et de l’histoire ancienne, qui étudie la filiation et la carrière des grands personnages ».

Longtemps décriée et reléguée au rang de technique auxiliaire infra-historienne, à l’exception des antiquistes qui la pratiquent depuis la fin du XIXe siècle, la démarche prosopographique connaît une actualité relative dans la totalité du champ historique, à l’exception de la période antique pour laquelle elle a existé de façon continue. La multiplication des études, individuelles ou collectives, dans les quatre périodes académiques, en témoigne, de même que l’engouement pour de nouvelles formes de publications comme les bases de données en ligne réalisées pour et par des historiens. Pour ne retenir qu’un exemple récent, celle mise au point en 2013 par Jean-Claude Farcy pour le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) apporte un nouvel éclairage sur la transition de la Seconde République au Second Empire (1851-1852) par le recensement systématique des condamnés pour faits politiques au lendemain du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. La forte diffusion de la prosopographie chez les historiens du social s’accompagne d’un effort de réflexion conceptuelle ou méthodologique sur un objet et une pratique non définis a priori, à la suite de considérations plus larges sur la théorie des groupes sociaux et sur les limites du biographique. Celles-ci ont contribué à la revalorisation du champ du social au profit de celui du culturel par le recours à des enquêtes larges, sur des objets d’échelle variée, utilisant le traitement quantitatif.

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