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L’autoportrait de Marguerite de Valois dans ses Mémoires

Jean Garapon

Garapon, Jean. « L’autoportrait de Marguerite de Valois dans ses Mémoires », Le Moyen Age, vol. cxxii, no. 1, 2016, p. 101-110.

Extrait de l’article

La reine Marguerite de Valois, dans ses Mémoires, nous offre un autoportrait brillant et original, qui attire une double remarque. Il revêt dans la tradition des Mémoires une évidente valeur fondatrice ; il appelle sur le plan très distinct de la simple vérité historique une grande prudence, ce qui ne diminue en rien sa valeur littéraire.

La première, avant Mademoiselle de Montpensier, ou Christine de Suède, et bien d’autres, cette figure de l’aristocratie princière européenne va nous offrir son autoportrait sous la forme d’un récit de vie, où les actes d’un personnage disent implicitement son être intime, ses valeurs les plus chères, sans jamais donner dans l’introspection à la manière contemporaine de Montaigne, que Marguerite de Valois connaissait pourtant, et dont elle a selon toute vraisemblance lu les Essais. Dans son récit, l’autoportrait se fait mise en scène de soi, séduisante, nourrie de culture, voire chargée d’une part de jeu littéraire à l’intention du nouveau public cultivé. Avec le recul du temps, le lecteur actuel ne peut s’empêcher de lire ces Mémoires dans la perspective du salon ouvert peu d’années plus tard rue de Seine par cette même reine, d’y saisir comme un reflet anticipé de la culture mondaine à la fois savante et adoucie par la sociabilité féminine qui triomphera à l’époque de L’Astrée, et que le personnage contribuera à diffuser. Finement lettrée, imprégnée d’humanisme, Marguerite de Valois a parfaitement compris que le récit de sa vie – miroir de son être aux yeux du lecteur – peut permettre une reconstruction de soi qui pour le plus grand plaisir du lecteur fait flèche de toutes les ressources de la littérature ; la narratrice, dans une solitude sur laquelle nous allons revenir, n’oublie jamais ce lointain horizon d’attente...

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