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Au défaut des mâles

Sylvie Steinberg

Steinberg, Sylvie, « « Au défaut des mâles ». Genre, succession féodale et idéologie nobiliaire (France, XVIe-XVIIe siècles) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2012/3 (67e année), p. 679-713.

Extrait de l’article

“On ne peut douter [que le duc de Rohan] n’ait conceu du desplaisir de voir déffaillir en sa personne cette généreuse tige, à laquelle tant de force et de gloire promettoit l’immortalité, et dont sa propre réputation avoit si hautement relevé les espérances et, dans cette douleur, sa seule consolation a esté de laisser une fille unique, héritière de ses grands biens et vertus.”

Le 2 juin 1633, le duc de Rohan adressa une lettre à Louis XIII et Richelieu pour leur demander la continuation de sa duché-pairie en faveur de sa fille Marguerite : « [...] Puisque Dieu ne m’a donné qu’une fille, je désire avec passion de conserver en sa personne l’honneur de ma duché et pairie », écrivait-il alors. Deux mois avant son mariage, Marguerite de Rohan obtint du roi qu’il confirmât le désir de son défunt père. Par son alliance, son époux, Henri de Chabot, obtint quelque temps plus tard le privilège de porter le titre de duc de Rohan. En 1645 cependant, la veuve du duc, Marguerite de Béthune, duchesse douairière de Rohan, tenta d’annuler ces dispositions en introduisant sur la scène du monde un jeune inconnu, dénommé Tancrède, qu’elle prétendait être son fils. Une sentence de justice et, surtout, la mort héroïque de Tancrède au début de la Fronde mirent fin à ces prétentions bien que, pour beaucoup des amis de la duchesse douairière, les circonstances de cette disparition fussent bien la preuve qu’il avait hérité du sang bouillant de son père, chef militaire du parti protestant durant les « dernières guerres de religion » des années 1620.

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