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Mariage aristocratique et doctrine ecclésiastique : Le témoignage du rapt au Parlement de Paris pendant la guerre de Cent ans

Geneviève Ribordy

Geneviève Ribordy, "Mariage aristocratique et doctrine ecclésiastique : Le témoignage du rapt au Parlement de Paris pendant la guerre de Cent ans", dans Crime, histoire et sociétés, année 1998, volume 2, numéro 1, p. 29-48.

Extrait de l’article

Clé de voûte de la doctrine ecclésiastique du mariage élaborée au XIIe siècle, le consentement des époux constitue une notion difficile à imposer à la noblesse médiévale. Les enjeux économiques, sociaux et politiques des stratégies matrimoniales de l’aristocratie se concilient mal avec l’idée que les enfants soient laissés libres de choisir ou de refuser leur époux. Georges Duby, le premier, a étudié cet écart entre le modèle ecclésiastique et le modèle aristocratique de mariage. Ses ouvrages, Medieval Marriage. Two Models from Twelfth Century France et Le chevalier, la femme et le prêtre, démontrent comment la distance entre les deux modèles s’est rétrécie entre le Xe et le XIIIe siècle.

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L’intégration de la doctrine ecclésiastique aux pratiques matrimoniales de la noblesse est-elle vraiment achevée au XIIIe siècle ? Aux XIVe et XVe siècles, l’accord est-il réellement fait ? L’étude d’une stratégie matrimoniale, le rapt, nous permettra d’évaluer, pour les derniers siècles du Moyen Age, l’écart qui subsiste encore entre les deux modèles.

Si dans le contexte actuel, le mot rapt désigne strictement un enlèvement, il revêt d’autres significations à l’époque médiévale. Il existe une certaine confusion dans les sources de l’époque, un aspect sexuel ou matrimonial venant souvent se greffer à la notion d’enlèvement. Ainsi, les termes rapt, ravissement, ravir, raptus et rapere mettent l’accent sur l’enlèvement ; mais le mot rapt semble être utilisé au Parlement de Paris surtout pour qualifier un enlèvement suivi d’un mariage, alors que le terme ravissement désigne plus généralement un enlèvement suivi d’un viol. Aux fins de cette étude, nous avons défini le rapt comme étant l’enlèvement d’une femme dans le but de la forcer à contracter un mariage. Cette définition est d’ailleurs conforme au droit canon, puisque le crime de rapt y dépend de trois critères : « a) il doit avoir une femme pour objet ; — b) être effectué par voie de contrainte ou de dol, donc sans le consentement de celle qui en a été l’objet ; si elle est mineure, sans le consentement de ses parents ou tuteurs ; — c) avoir pour fin le mariage ou la satisfaction de l’appétit sexuel ».

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