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Musique, politique et sécularisation

Bruno Moysan

Raisons politiques, n° 14, 2004/2, (Presses de Sc. Po., I.S.B.N. 2724629892) p. 107 à 123.

Extrait de l’article

Penser la relation entre musique, politique et sécularisation conduit à questionner au préalable la nature même de la musique. Dans quelle mesure la musique, art du sonore, peut-elle prendre en charge une signification politique et religieuse, se socialiser et s’historiciser ?

Le débat n’est pas nouveau. Il traverse l’histoire de la musique tout comme celle du discours sur la musique. Que l’on ait affaire aux propos de Saint Augustin sur la musique, aux polémiques qui ont présidé à la naissance de l’opéra au 16e siècle ou à l’Essai sur l’origine des langues de Rousseau, le questionnement porte systématiquement sur le sens et la surabondance de sens que l’on est tenté d’attribuer à un art du sonore dont la nature vibratoire n’implique pas a priori de signifiance. Le débat d’idée qui soustend l’étude des relations entre musique et société serait donc de nature linguistique avant d’être sociologique. C’est ce que semble penser Sartre, qui dans sa préface à L’artiste et sa conscience de René Leibowitz, met en évidence avec beaucoup de pertinence trois problèmes essentiels.

Tout d’abord, celui de l’autonomie du sonore. Écrire ainsi que le fait Sartre dans cette préface, « la phrase musicale ne désigne aucun objet : elle est objet par elle-même » et qualifier la musique de « muette », n’est-ce pas faire de la musique un signifiant sans signifié, un monde clos sur lui-même, et poser la question des modalités de sa socialisation ? Ensuite, celui de la relation privilégiée entre le politique et les musiques vocales à texte, la musique purement instrumentale étant impuissante à signifier quoi que ce soit. Si l’on se réfère encore au propos de Sartre, le répertoire du politique concerne exclusivement en effet des musiques à textes (musique vocale) et, dans le vaste ensemble des musiques à texte, des genres (opéras, oratorios, cantates) qui, nés avec la société de cour, sont originellement liés au pouvoir politique (l’opéra), ou au transfert sur le religieux du langage, politique, de l’opéra (oratorio, cantate).

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