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Madame de Saint-Simon mannequin de mode : notes sur un portrait célèbre et un portrait négligé

Hélène Himelfarb

Himelfarb, Hélène, "Madame de Saint-Simon mannequin de mode : notes sur un portrait célèbre et un portrait négligé", Cahiers Saint Simon, n° 18, 1990. Apports récents en iconographie saint-simoniste, p. 37-51.

Extrait de l’article

Les saint-simonistes de stricte obédience connaissent désormais le véritable visage de la «perle unique » qui fit quarante-huit ans durant le bonheur essentiel du mémorialiste : en février 1975, Georges Poisson présentait à la Société de l’Histoire de l’Art Français un charmant portrait ovale qu’il venait de découvrir dans la collection parisienne de la famille Oberkampf. Joli cadeau de tricentenaire pour les fervents de Saint-Simon, encore que les délais habituels à l’auguste Société en aient retardé la publication jusqu’à la fin de 1976, trop tard pour qu’il pût figurer à l’exposition commémorative de la Bibliothèque Nationale, dont les commissaires n’avaient apparemment pas pris garde à cette communication. Divers indices, dont aucun ne fait preuve absolue séparément, mais dont le faisceau forme une présomption fort satisfaisante, conduisaient à l’attribuer à François De Troy, et à le dater vers 1705-1710 — peut-être même, ajouterai-je, de 1710 même, puisque la nomination de la jeune femme à la charge de dame d’honneur de la duchesse de Berry cet été-là se prêterait bien à la commande d’un élégant portrait, par un mari toujours amoureux, à un peintre spécialisé dans les effigies de personnages brillants, mais rarement royaux, et même une clientèle repérable de grandes dames et princesses, parallèlement à celle des artistes.

Cette séduisante Marie-Gabrielle au petit chien passe, dans la famille Oberkampf, pour provenir du château de Duras (Lot-et-Garonne), demeure éponyme de la branche aînée de la famille de Mme de Saint-Simon ; en tous cas, il constitue probablement une réplique destinée à un présent familial ou amical ; l’apposition d’une inscription et d’armoiries identifiant le modèle semble l’indiquer. Mais sa qualité, encore sensible malgré l’usure et les lacunes de la couche picturale, peut permettre de croire à une réplique d’artiste, au moins en partie, et donc destinée à des proches ou à des égaux ; la comparaison est à cet égard édifiante avec l’extrême gaucherie et la raideur de la copie à variantes, attribuable au laborieux Pierre Cavin, qui est restée chez les descendants de la ligne de Saint-Simon-Monbléru et qui, jusqu’à la découverte du portrait Oberkampf, demeurait la seule effigie peinte que l’on connût de la duchesse. Rectangulaire et non ovale, sans petit chien, conçue en pendant du célèbre portrait de l’écrivain en manteau ducal et cordon bleu qui ne peut donc être antérieur à sa promotion à l’Ordre en 1728, cette toile dont la maladresse fait à nos yeux la saveur touchante semble résulter d’une actualisation du type Oberkampf par un pinceau malhabile, et l’on peut penser que la silhouette, les bras et l’ovale du visage légèrement alourdis, ou la coiffure abaissée, enregistrent les changements d’une quinquagénaire, trop sage pour distribuer des images d’elle-même de vingt-cinq ans plus juvéniles.

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