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Illusion politique ou organisation monarchique. La question des préséances rapportées au souverain dans les traités politiques de Saint-Simon

Fanny Cosandey

Cosandey, Fanny. Illusion politique ou organisation monarchique. La question des préséances rapportées au souverain dans les traités politiques de Saint-Simon, Cahiers Saint Simon, n° 28, 2000. Les Mémoires des historiens, p. 29-38.

Extrait de l’article

Montrer que Saint-Simon est « témoin de son temps » selon la formule consacrée, et insister pourtant sur l’originalité de sa pensée augure mal d’une entreprise sur laquelle pèse d’emblée un soupçon de mauvaise foi. Ce sera cependant mon propos ; et une bonne façon d’aborder la question sans toucher au sujet. Je m’explique : Saint-Simon ne nous intéressera, ici, qu’en tant qu’il nous offre de l’État et de la société un regard en étroite relation avec ses préoccupations personnelles, lesquelles sont, aussi, celles de ses pairs. La monarchie est alors observée sous le prisme des rangs et préséances, selon un angle original permettant de saisir à quel point ces questions sont au cœur du fonctionnement institutionnel de la France d’Ancien Régime.

Juge et partie d’un monde et d’un ordre menacé, accroché à ses privilèges comme à autant de biens dont il pressent la perte sans être vraiment capable d’en discerner la cause, Saint-Simon se tourne vers le passé pour affermir l’avenir. Car son patrimoine culturel et politique, tout entier compris dans la question des rangs qui intègre en même temps titres et dignités, puise ses racines dans un monde ancien, celui de l’ordre, en opposition avec le règne de Louis XIV, perçu comme celui du désordre peut-être parce qu’il propose un autre ordonnancement. Les accusations d’immobilisme et de conservatisme dont a fait l’objet ce duc et pair de France sont à bien des égards méritées, mais l’équité requiert qu’elles soient étendues à l’ensemble des grands, voire des contemporains. La fixation des rangs : voilà la grande affaire. Organiser la cour, entourer le roi, respecter le rang et la noblesse de ceux que l’ordre de naissance a désigné aux meilleures places sont des revendications omniprésentes dans l’ensemble des traités politiques de Saint-Simon ; elles apparaissent aussi sous la plume de bien d’autres.

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