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Une question d’honneur. La fronde entre éthique de la noblesse et littérature

Alexandre Rubel

Rubel, Alexandre. « Une question d’honneur. La fronde entre éthique de la noblesse et littérature », Dix-septième siècle, vol. 254, no. 1, 2012, p. 83-108.

Extrait de l’article

Dans les mémoires du Cardinal de Retz se trouve une anecdote qui cerne de manière exemplaire le rapport, dont nous allons traiter ici, entre les événements politiques et militaires de la Fronde, l’éthique de la noblesse d’épée, et la littérature de l’époque. Lors du siège de Paris en janvier 1649, alors que beaucoup de nobles avaient déjà rallié la cause de la Fronde, l’on se retrouva à une soirée chez Mme de Longueville, dans une ambiance débridée malgré les conditions proches de celles d’une guerre civile. Ce soir-là, La Trémoille fit remarquer à Retz qu’il se sentait transporté dans un décor du fameux roman « L’Astrée », cette « Bible chevaleresque du siècle ». Retz décrivit à merveille cette ambiance de Fronde étrangement joyeuse étant donné la gravité de la situation : « Ce mélange d’écharpes bleues, de dames, de cuirasses, de violons, qui étaient dans la salle, de trompettes qui étaient dans la place, donnait un spectacle qui se voit plus souvent dans les romans qu’ailleurs. Noirmoutier, qui était grand amateur de L’Astrée, me dit : ‘Je m’image que nous sommes assiégés dans Marcilli’. »

Des membres de la haute noblesse française, qui venaient juste de prendre les armes contre la régence haïe, se retrouvent donc là pour une soirée conviviale. Ce faisant, ils associent manifestement dans leur esprit le siège on ne peut plus réel de Paris, au cours duquel nombre de leurs semblables furent grièvement blessés voire tués, à un monde romanesque héroïque. Si l’on observe d’un peu plus près le comportement de la noblesse lors de la Fronde (1648-1653), l’on rencontre encore plus d’indices d’interférences littéraires dans la rationalité politique : évasions aventureuses, actions militaires audacieuses mais insensées, aventures amoureuses, frondes motivées par l’amour, duels et affaires d’honneur. En bref : des événements et aventures pour ainsi dire pittoresques, que l’on attendrait moins tirés de l’Histoire que de l’imagination d’un Alexandre Dumas ou de romancières du XVIIe siècle.

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