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Entretien avec Jacqueline Boucher

Jacqueline Boucher, Caroline zum Kolk

Comment citer cette publication :
Jacqueline Boucher, Caroline zum Kolk, Entretien avec Jacqueline Boucher, Paris, Cour de France.fr, 2012. Interview publiée en ligne le 1er novembre 2012 (http://cour-de-france.fr/article2580.html).

Jacqueline Boucher est professeur d’histoire moderne émérite de l’université de Lyon 2-Saint-Etienne. Elle est l’auteur d’une thèse très remarquée sur Henri III et sa cour (1981) et a poursuivi l’édition des lettres de ce roi pour la Société de l’Histoire de France (tomes 5 à 8). Sa thèse a été rééditée en 2007 chez H. Champion.

Jeunesse et formation

C. zum Kolk : Parlez-nous de votre jeunesse et de l’origine de votre intérêt pour l’histoire…
J. Boucher  : Je tiens mes goûts intellectuels avant tout de mon père, Adrien Mondièz, qui a eu un parcours très particulier. Il était originaire d’une famille qui avait connu de grandes difficultés matérielles. Son père était un petit propriétaire de vigne dans le Midi de la France qui produisait des vins très ordinaires. Au début du XXe siècle, quand mon père a commencé à fréquenter l’école, c’était la misère ; ses parents ne pouvaient pas se permettre de le mettre dans un lycée et de payer la pension et l’inscription (à l’époque ce n’était pas gratuit). Mais mon grand-père avait fait de la politique quand il était jeune ; il avait adhéré au Parti Radical Socialiste. Et un jour, en lisant le journal, il a vu que l’un de ses anciens camarades venait d’être élu député. Il lui a demandé de l’aide et mon père a reçu grâce à ce député une bourse qui lui permettait d’aller au lycée à Nîmes. C’était un peu loin de son village d’origine, mais ça ne se refusait pas. Il a passé une première année difficile, mais a vite fait des progrès et a fini parmi les meilleurs élèves, surtout en mathématiques.
Ses professeurs lui demandaient ce qu’il voulait faire plus tard. Mon père aurait voulu être médecin, mais il n’avait pas les moyens pour payer des études universitaires. Il a donc renoncé à cette idée et a dit à ses professeurs qu’il souhaitait préparer l’entrée dans une grande école. En 1912, il a été reçu à l’École Polytechnique.
C. zum Kolk : Excellent !
J. Boucher  : Oui, c’est une des meilleures écoles en France, encore aujourd’hui. Une fois son service militaire fait, il est parti pour Paris. Il parlait toujours de sa première année à Polytechnique avec bonheur. Il nous racontait le premier bal de Polytechnique donné à l’Opéra de Paris. Tous les grands corps de l’État y étaient ; il y avait le Président de la République, des ministres, des diplomates... Les femmes de diplomates portaient des diadèmes, des diamants.. Pour lui, qui était un jeune homme pauvre du Midi de la France, c’était comme s’il était au septième ciel.
Ensuite est arrivée 1914. Mon père est parti à la guerre comme officier, parce que les élèves de l’École Polytechnique recevaient d’autorité le grade de sous-lieutenant. Il a dû se conduire comme il fallait parce qu’à la fin de la guerre il était devenu capitaine. Il avait fréquenté des officiers de métier qui étaient d’un milieu plus brillant que lui et qui lui ont donné une éducation mondaine. Ils étaient plutôt de droite, comme on dit en France, et l’ont intéressé à la politique. Certains venaient de l’ancienne aristocratie française. Bref, la guerre lui a ouvert des horizons qu’il n’avait pas par sa famille.
Après la guerre mon père a terminé ses études et il est devenu ingénieur des manufactures de l’État, c’étaient des manufactures de tabac. Il s’est marié avec ma mère qui était la fille d’un notaire du Sud de la France. Ils se sont installés d’abord à Lyon, puis à Dijon où je suis née en 1930. Mon père a été nommé directeur de la manufacture de Dijon et mes parents y ont mené une vie très mondaine. C’est une très belle région et les gens sont très aimables. Tandis qu’à Lyon… on a toujours dit que les gens de Lyon sont aussi aimables que des portes de prison [rit].

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Mon père a donc montré des capacités intellectuelles et tout le reste de sa vie – il est mort en 1977 – il a fait des travaux de recherche scientifique. Il s’est tourné vers la physique industrielle et a été l’auteur d’un gros ouvrage qui a reçu en 1947 un prix de l’Académie des Sciences [1]. Toute la famille est allée à la cérémonie de remise des prix. Ça nous a fait beaucoup d’impression. Enfin, les dons intellectuels que j’ai pu avoir, voilà d’où ils viennent.
C. zum Kolk : Et votre intérêt pour l’histoire est né quand ?
J. Boucher  : Ça vient aussi de mon père qui aimait l’histoire. Quand j’étais enfant, j’allais souvent ouvrir la porte d’un placard où il mettait des livres, toujours des livres d’histoire. Et j’essayais de ne pas être remarquée, mais mon père me surveillait et il s’en rendait compte. Il a compris que très jeune, même avant d’avoir dix-douze ans, j’aimais l’histoire comme lui. Ça lui faisait plaisir. On parlait d’histoire et il me donnait des explications parce que je trouvais des choses que je ne comprenais pas ; ces livres n’étaient pas de mon âge. Enfin, mon père m’a donné le goût de l’histoire.
C. zum Kolk : Avez-vous des frères ?
J. Boucher  : Non, je n’ai pas de frères. J’ai une sœur aînée et une sœur plus jeune.
C. zum Kolk : Est-ce que votre père vous a soutenue quand vous avez exprimé le souhait de travailler ?
J. Boucher  : Oui, il m’a même poussée. À l’époque, ce n’était pas fréquent. C’était avant 1939-1940, et dans ce milieu, les jeunes filles devaient se marier, avoir des enfants, voilà tout. C’est le mari qui les ferait vivre…
C. zum Kolk : Vous avez fait ensuite des études à Lyon ?
J. Boucher  : Oui, j’ai fait mes études à Lyon parce que, quand mon père a appris que le directeur de la manufacture de Lyon, où il avait travaillé, était mort, il a postulé pour ce poste et l’a obtenu. Il l’a regretté ensuite parce que la vie a été bien plus agréable à Dijon qu’à Lyon…
Jusqu’en 1957, j’ai vécu avec mes parents dans un pavillon qu’on appelait le « pavillon du directeur » et qui existe encore. J’ai fait une licence d’histoire, puis en 1952 l’agrégation. J’ai enseigné les années suivantes, d’abord au lycée de jeunes filles de Roanne, puis au lycée Saint-Just.

Un projet de thèse atypique

C. zum Kolk : Qu’est-ce qui vous a poussé à préparer ensuite une thèse d’histoire ?
J. Boucher  : Au bout de quelques années d’enseignement secondaire, j’ai commencé à m’ennuyer. C’était toujours la même chose… ça se répétait trop pour moi. Et puis, d’un autre côté, le climat dans les écoles en France s’est beaucoup gâté dans les années 1950-1960. Je me rendais compte qu’un jour ou l’autre, il y aurait des difficultés. J’avais donc le désir d’approfondir l’histoire et en même temps de quitter l’enseignement secondaire. Mais pour entrer dans une université, avec un public d’adultes et plus responsable, il fallait que je fasse une thèse.
C. zum Kolk : Qu’est-ce qui vous a amené à choisir comme sujet Henri III et sa cour ?
J. Boucher  : En licence, j’avais eu un excellent professeur qui a été d’ailleurs ensuite mon directeur de thèse, M. Richard Gascon [2]. Il nous a fait un cours magnifique sur la vie économique en France au XVIe siècle. Ça a été extraordinaire ! Gascon était un homme brillant, extrêmement documenté, il m’a passionnée. Et son cours m’avait amenée à me poser la question du roi Henri III qui avait une réputation abominable en France. On le considérait comme un imbécile, un homme plein de vices qui se moquait de l’État, qui n’était bon qu’à dilapider de l’argent, etc. On donne même son nom à des pièces de théâtre qui sont très grossières et très

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basses. Or, dans le cours que M. Gascon avait fait, il avait mis en valeur les mesures économiques, financières et monétaires d’Henri III. Je suivais cela en me disant : « Mais c’est incroyable ! Ces mesures sont très modernes ! Ce n’était pas possible qu’un crétin pareil, un vicieux pareil, ait pu prendre de pareilles décisions ! »
C. zum Kolk : Le décalage entre la légende noire et la réalité historique…
J. Boucher  : Où est la vérité ? J’ai cherché à me renseigner avec des ouvrages sérieux sur Henri III, comme les livres de Pierre Champion qui concernent la jeunesse de Henri III [3]. Or, Pierre Champion a bâti ces livres sur des extraits de lettres d’Henri III et des rapports des ambassadeurs étrangers. Et il donnait les références de ces documents. Je me disais qu’il fallait voir ces documents. Alors, peu à peu, s’est formée dans mon esprit l’idée que je pourrais continuer les travaux faits sur Henri III. Mais il fallait que je trouve quelqu’un qui accepte de m’escorter.
C. zum Kolk : Richard Gascon ?
J. Boucher  : Oui, il a accepté. Je m’étais d’abord adressée à un autre enseignant de l’université lyonnaise qui m’avait répondu : « Mademoiselle, vous êtes bien entreprenante, mais c’est à l’enseignant de donner un sujet de thèse, ce n’est pas à vous de le fixer. » C’était un homme cassant et autoritaire. Remarquez, il est venu à la soutenance.
C. zum Kolk : Le genre biographique n’était pas à la mode à cette époque.
J. Boucher  : Non, ce n’était pas à la mode. Nos enseignants faisaient partie de ce que l’on appelle l’École des Annales qui était axée sur des sujets économiques. Sociaux aussi, mais surtout économiques. Ce n’était pas tout à fait ce que je souhaitais faire, je n’ai jamais été une économiste, tout en m’intéressant à la question. Alors je suis allée trouver M. Gascon, je lui ai rappelé que j’avais été son élève et qu’il avait parlé du XVIe siècle français et d’Henri III d’une façon qui m’avait donné l’idée de poursuivre les recherches sur ce souverain, aussi parce qu’il n’y avait rien de bon d’écrit là-dessus. Il a accepté de diriger la thèse. Au début, on avait pensé faire ce qu’on appelait à l’époque (c’était vers 1960) une thèse de troisième cycle, une thèse modeste, pas une thèse d’État [4]. Le sujet en aurait été « La vie mondaine autour d’Henri III ». Et puis j’ai réuni des indications de documents si massives que M. Gascon a dit qu’il fallait faire un doctorat d’État et définir un sujet plus large. J’ai choisi « Société et mentalité autour d’Henri III ». J’espérais échapper à l’accusation de faire une biographie en intégrant l’entourage d’Henri III à mon enquête. Mais honnêtement, c’est de la biographie et rien d’autre.
C. zum Kolk : Le titre aurait pu être aussi « Henri III et sa cour ».
J. Boucher  : Oui, on me l’a dit à la soutenance.
C. zum Kolk : Est-ce que le terme « mentalité » se réfère à l’histoire des mentalités qui émerge à cette époque [5] ?
J. Boucher  : Tout à fait. J’ai libellé cela ainsi pour me mettre dans le goût du jour et pour montrer qu’il ne s’agissait pas d’une recherche démodée. M. Gascon, qui était un homme d’une grande bonté, a accepté ce titre. Ce n’était pas un homme cassant ou autoritaire, mais quelqu’un d’une grande bonté. J’ai travaillé ainsi pendant dix ans pour soutenir la thèse finalement avec succès en octobre 1977.
C. zum Kolk : Ouvrons une parenthèse. En 1974, trois ans avant la soutenance de votre thèse, paraissait la traduction française du livre La Société de cour de Norbert Elias [6]. Est-ce que cette étude a joué un rôle pour vous ?
J. Boucher  : Non, ça ne m’a pas influencé.

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Sources et fonds d’archives

C. zum Kolk : Une des qualités majeures de votre thèse n’a pas été perçue à l’époque parce que l’intérêt pour ce sujet n’était pas très développé : vous avez fait la première étude moderne sur la cour de France. C’est la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale qu’un historien consacre une recherche exhaustive à ce sujet et écrit un livre qui n’est pas un compendium de mémorialistes ou une étude ponctuelle et circonscrite, comme celles qui ont été consacrées à un certain type de sources ou de services et structures (les comptes du roi, la chapelle palatinale…).
J. Boucher  : C’est vrai…
C. zum Kolk : Ce qui frappait davantage à l’époque (et tous les auteurs de comptes rendus de votre thèse insistent sur ce point) c’est l’abondance et la diversité des sources que vous avez exploitées.
J. Boucher  : Que voulez-vous, ça prouve que j’ai travaillé [rires] !
C. zum Kolk : Dressons la liste. Il y a d’abord les manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de France et aux Archives nationales : tout ce qui concerne les maisons royales et les comptes, mais aussi les correspondances et des pièces diverses. Ensuite, on trouve les insinuations du Châtelet [7] et les correspondances diplomatiques des envoyés d’Angleterre, d’Espagne et d’Italie – Rome, Venise et Florence. Pas encore Mantoue, on découvrira l’intérêt de ce fonds plus tard [8]
J. Boucher  : Oui. Mantoue, ça a été plus tard.
C. zum Kolk : S’ajoutent des mémoires et journaux, surtout ceux de Pierre de L’Estoile que vous citez souvent. Et puis les œuvres en vers et en prose…
J. Boucher  : Là, c’est un déluge de poésie !
C. zum Kolk : Tout à fait. Et vous vous servez aussi des témoignages artistiques et architecturaux de cette époque. Mais le fonds le plus important semble avoir été le fonds Pierre Champion, conservé à la Bibliothèque de l’Institut de France [9]. Était-il facile d’y accéder ?
J. Boucher  : Non, pas à l’époque ; pour le consulter, il fallait avoir une autorisation. Je m’étais renseignée sur Michel François qui était professeur à l’École des Chartes à Paris et qui éditait les lettres d’Henri III du fonds Champion [10]. J’ai parlé de mon projet de le rencontrer à mon beau-frère, François Souchal, qui est historien d’art. « Oh, vous allez avoir des ennuis ! » m’a-t-il dit, « Il a un caractère, un caractère ! » J’y suis allée quand même et il m’a reçue chez lui. Mon projet de thèse lui a plu, ça l’a intéressé et il m’a fait une recommandation qui m’a ouvert les portes de la bibliothèque. Mais quand j’y allais, le responsable me disait : « On va vous mettre là-bas, dans ce petit coin. Ne bougez pas, ne vous faites pas remarquer. » C’était une sorte de club privé fréquenté par des Académiciens. J’étais une intruse, alors j’y allais très prudemment. J’ai encore dans mes papiers les notes que j’avais prises. C’est comme ça que j’ai connue les copies des lettres d’Henri III.
C. zum Kolk : Comment avez-vous procédé pour classer et exploiter tout ce matériel ?
J. Boucher  : Vous savez, je n’ai jamais pu me mettre en accord avec l’informatique…
C. zum Kolk : Oui, j’ai remarqué [11].
J. Boucher  : Il n’y a rien à faire. J’écris tout à la main. C’est mon âge qui en est responsable : je ne suis pas d’une génération qui pratiquait ça. Et je n’ai fait des fiches que quand j’ai essayé de reconstituer la bibliothèque d’Henri III. J’avais des fiches en carton et sur chaque fiche je marquais les volumes aux armoiries d’Henri III,

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la référence où j’avais trouvé le renseignement, dans quelle bibliothèque c’était maintenant, etc.. Je n’ai fait un système de fiches que pour cela. Pour le reste je comptais sur ma mémoire.
C. zum Kolk : Le sujet des reliures vous a beaucoup intéressé : vous citez vingt-trois catalogues d’exposition et avez mené des correspondances avec seize conservateurs à ce sujet, ce qui vous a permis de reconstituer un inventaire riche de cent soixante-six volumes…
J. Boucher  : Oui. J’ai essayé de reconstituer la bibliothèque d’Henri III parce qu’on n’a pas d’inventaire. Quand il a été chassé de Paris à la Journée des barricades en 1588, on a volé et pillé ses affaires personnelles au Louvre, et on les a vendues sur les marchés de Paris. C’est pour cette raison qu’on a perdu beaucoup de documents d’Henri III, et pourquoi on n’a pas d’inventaire de sa bibliothèque.

Réhabiliter Henri III

C. zum Kolk : Votre désir de réhabiliter Henri III est évident, votre enthousiasme pour ce roi palpable...
J. Boucher  : Oui, mais ce n’est pas très bien vu en France où l’on pense que l’historien ne doit pas porter de jugement. Alors, j’ai évité d’annoncer ouvertement que je souhaitais réhabiliter Henri III. Mais j’ai dit que les attaques contre Henri III que je lisais dans quantité d’écrits ne se fondaient pas sur suffisamment de preuves.
C. zum Kolk : Votre livre commence avec la présentation du roi où vous pointez le fait qu’il n’aimait pas les exercices virils, la chasse...
J. Boucher  : Oui, il n’avait pas les mêmes goûts que la noblesse de son temps. En plus, il était handicapé par une très mauvaise santé : il était constamment malade. Mon mari, qui était médecin, pensait qu’il était porteur du bacille de Koch. Vers huit ou dix ans, il avait une fistule à un œil qui a gâté beaucoup l’aspect de son visage. C’était infectieux et montre qu’il a été déjà malade vers cet âge-là. Il était épuisé de fatigue constamment ce qui l’éloignait des exercices physiques.
C. zum Kolk : Mais pas du travail intellectuel. Vous citez Amyot qui dit de lui qu’il avait la patience « d’ouïr, de lire et d’écrire, ce que son grand-père n’avoit point [12] ». Il a été assidu au travail…
J. Boucher  : Oh oui, quand on voit la masse des lettres, c’est inouï ! On le voit travaillant sans fin et recueillant tous les renseignements possibles. Il a été très documenté. Généralement on dit que l’administration, c’est Louis XIV, c’est Colbert. Mais Henri III avait déjà fait beaucoup dans ce domaine.
C. zum Kolk : Vous évoquez aussi le fait qu’il a été très proche de sa femme Louise de Lorraine. Il avait un comportement conjugal inhabituel.
J. Boucher  : Il l’a épousée, dire « par amour » est un peu fort, mais il l’a épousée parce qu’il l’avait rencontrée et elle lui plaisait. Dans ses lettres il le dit : « J’épouse Mlle de Vaudémont pour mon contentement et dans l’espoir d’en avoir bientôt des enfants. »
C. zum Kolk : Et il n’affichera pas ses maîtresses comme ses prédécesseurs...
J. Boucher  : Oui, parce qu’il y a eu une relation véritablement amoureuse entre elle et lui. Elle était jalouse et il ne voulait pas la peiner. Il a eu un comportement très particulier. On m’a souvent demandé de faire des conférences sur la vie intime d’Henri III. J’ai dit à chaque fois (ce qui a toujours fait rire l’auditoire) : « On l’a accusé d’être homosexuel. Je me demande pourquoi. Peut-être parce qu’il a été le seul roi de France à aimer sa femme. »

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C. zum Kolk : L’absence de relations amoureuses affichées publiquement faisait planer le doute sur son intérêt pour le sexe et sa capacité de procréer…
J. Boucher  : Oui, alors qu’il y a des renseignements nous prouvant qu’il a été très proche de sa femme. Mais ces particularités lui ont nui aussi dans d’autres domaines. ll a eu tort (et il s’en est rendu compte lui-même à la fin) de se couper trop de la noblesse. De ne pas partager assez les mœurs, les divertissements, les activités de la noblesse. Dans le dernier volume de ses lettres, j’ai mis en note une lettre que je n’avais pas connue quand j’avais donné mon manuscrit. Il s’agit d’une lettre qu’il envoie au Parlement de Paris ; on est en pleine guerre, il y a des mercenaires venus de Germanie, de Suisse, etc. qui déferlent sur la France, appelés par des protestants. Henri III a dressé une armée qu’il place sur les bords de la Loire pour empêcher les envahisseurs de faire la jonction avec le futur Henri IV qui est au Sud. Et il informe le Parlement qu’il a dispersé cette armée parce que, dit-il, « ma noblesse, quand elle a su que je commandais mon armée en personne, est accourue pour venir m’aider ». Il a très bien vu que, quand il redevient un chef de guerre, la noblesse est enthousiasmée. Elle, qui l’avait tellement critiqué, accourt et se fait tuer pour lui s’il le faut.

La cour en chiffres

C. zum Kolk : Après ce premier chapitre, vous vous tournez vers la cour, en commençant par une estimation de sa taille. L’ambassadeur Lippomano avait dit en 1577 qu’elle réunissait à peu près huit mille personnes [13]. Vous faites le calcul en additionnant les membres des différentes maisons royales, des suites des grands nobles et officiers séjournant à la cour et des délégations et ambassades pouvant s’y trouver… et vous tombez sur un chiffre assez similaire.
J. Boucher  : [rit] C’était la même chose quand j’ai reconstitué le budget d’un courtisan. Beaucoup de postes entraient en jeu : combien il dépensait pour lui-même, ses fils et filles, les chevaux, le chauffage, le blanchissage, etc.
C. zum Kolk : C’est là un des apports majeurs de votre étude : vous donnez des chiffres précis là où auparavant on ne disposait que d’estimations avancées par les contemporains, qui ne correspondent pas toujours à la réalité, loin de là...
J. Boucher  : J’ai forcé sur ce point parce que je me rendais bien compte que le sujet que j’avais déterminé soulevait des moqueries. Et qu’il allait me valoir beaucoup d’opposition. On allait dire : « C’est de la fumisterie, c’est du roman. » Je devais prouver tout ce que j’avançais.
C. zum Kolk : Concernant les dépenses, non seulement des courtisans, mais aussi de la cour dans son ensemble, vous arrivez à la conclusion qu’Henri III n’a pas été plus dépensier qu’Henri IV. Alors qu’on présente Henri IV comme un roi simple et économe dont le mode de vie était moins porté sur le luxe que celui des derniers Valois.
J. Boucher  : Comme il était beaucoup plus fruste, on avait l’impression qu’il se contentait de peu... il dépensait autrement, c’est tout.
C. zum Kolk : Ivan Cloulas a apprécié particulièrement les statistiques relatives aux Italiens à la cour. « Sur les Italiens », note-t-il dans son compte rendu, « on savait qu’ils sont là. Mais grâce à Jacqueline Boucher, nous avons maintenant des chiffres. » [14] Vous avez compté maison par maison les courtisans originaires de la péninsule.
J. Boucher  : Oui, j’ai cherché à obtenir des pourcentages, car leur présence est l’une des choses qui ont le plus hérissé les Français de l’époque. Au fond, l’esprit en France (même encore au XXe et au XXIe siècle) est très

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nationaliste. Les mœurs qu’on reproche à Henri III venaient du fait qu’il a imité la civilisation italienne de l’époque. À Venise, il a été émerveillé par le raffinement de ce qu’il a vu, et qu’il n’a trouvé ni en Pologne ni même en France. Il a essayé de transplanter cet art de vivre en France.
C. zum Kolk : Vous constatez que, si les Italiens ont joué au début un rôle important dans la transmission de cette culture, ils sont remplacés par des Français dans les années 1570 dans les domaines de l’architecture et de la production artistique. Mais quatre professions existent où les Italiens continuent à exceller : l’écuyer, le médecin, le jardinier et le financier.
J. Boucher  : [rit] Oui, il y avait des choses où les Italiens étaient irremplaçables.
C. zum Kolk : Et vous émettez plusieurs hypothèses sur la question de savoir pourquoi la Couronne se servait des Italiens. Premièrement, parce qu’ils ne faisaient pas partie des grands clans aristocrates - ils étaient donc plus fidèles au roi que bien des Français. Deuxièmement, ils étaient adeptes d’une politique réaliste et pragmatique. La troisième raison concerne leur conception de la noblesse : quand un Italien réussit à avoir une charge à la cour qui anoblit, il ne quitte pas pour autant les affaires. Alors que les Français, dès qu’ils s’anoblissent, abandonnent les affaires et quittent la finance.
J. Boucher  : Pour les Italiens ça n’était pas incompatible, pour les Français si.

La noblesse dans le monde curial

C. zum Kolk : À plusieurs reprises vous évoquez l’existence d’une « noblesse de cour ». Que faut-il comprendre par là ?
J. Boucher  : C’est une noblesse qui se détache de ses liens avec le village d’origine, qui se détache de la terre. Jusqu’à la Révolution, elle gardera des possessions à la campagne, mais dans sa manière de vivre elle se détache du monde paysan. Dans l’habillement, dans les soins du corps, dans la façon de se présenter, les manières. Et puis, son horizon d’esprit s’élargit. Elle apprend à connaître par le moyen de la cour qu’il y a d’autres mondes, qu’il y a même d’autres continents.
C. zum Kolk : Vous considérez les derniers Valois comme bien plus cultivés que les premiers Bourbons. Les courtisans s’adaptent, mais n’ont pas beaucoup d’instruction. Une situation où cela se voit très bien, c’est la réception de la délégation polonaise qui s’adresse à la cour en latin [15]. Il n’y a pas grand monde qui peut répondre.
J. Boucher  : Même personne !
C. zum Kolk : Vous constatez qu’« au fond, les seuls qui étaient capables après de parler avec ces gens, c’étaient quelques hommes de robe longue, Marguerite de Valois et la maréchale de Retz. » [16]
J. Boucher  : Oui, c’étaient les femmes savantes de l’époque.
C. zum Kolk : Que cette culture ne se soit pas enracinée en profondeur explique d’après vous le déclin de la vie curiale sous Henri IV : « Les courtisans s’adaptent en affectant une érudition qui n’est qu’un vernis intellectuel destiné à s’effacer quand s’éteindrait la dynastie lettrée qui faisait estimer les choses de l’esprit. »
J. Boucher  : C’est ce qui est arrivé. Les courtisans d’Henri III sont devenus les courtisans de Henri IV, mais comme ils ont eu affaire à un autre souverain, ils se sont débarrassés de ce vernis qu’ils avaient très mal assimilé.

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C. zum Kolk : Vous traitez aussi l’opposition entre les clans féodaux et les hommes nouveaux, dont les mignons du roi, opposition sciemment entretenue par le roi qui se servit de ses mignons pour diminuer l’influence des Guise.
J. Boucher  : À l’époque, les historiens n’admettaient pas tous le souhait des Guises d’accéder à la couronne. Alors qu’ils avaient fait valoir des ascendances carolingiennes - ça avait une signification à cette époque. Je souhaitais démontrer qu’avec ce favoritisme extrême, Henri III a essayé de constituer des familles qui deviennent puissantes, et qui, le cas échéant, pouvaient affronter le clan des Guise. C’est ce qui est arrivé avec le duc d’Épernon après l’assassinat de Henri III. Les querelles ouvertes entre le duc de Guise, ses proches parents et le duc d’Epernon ont pris un aspect délirant.

La cour à Paris

C. zum Kolk : Henri III vit beaucoup à Paris, contrairement à ses prédécesseurs.
J. Boucher  : Tout à fait, et il s’y plaisait. Il allait se promener sous les galeries du Palais de justice où il y avait des petits magasins, en particulier des libraires. Il demandait quelles étaient les nouveautés ; évidemment, on les lui montrait, c’était un client qui était réceptif. C’était un vrai citadin. La vie dans la campagne était beaucoup plus fruste. Et elle était axée surtout sur les exercices physiques qu’il ne pratiquait pas, ou peu.
C. zum Kolk : Vous retracez l’installation des courtisans à Paris à la suite de la cour : ils se concentrent dans le Marais, dans les environs du Louvre et sur la rive gauche près du futur palais du Luxembourg.
J. Boucher  : C’est la partie faible de ma thèse.
C. zum Kolk : Vous trouvez ?
J. Boucher  : Je ne l’ai pas tellement creusé avec des documents nouveaux. Je ne pense pas avoir fait des découvertes à ce sujet.
C. zum Kolk : On découvre néanmoins beaucoup de détails intéressants. Catherine et Henri étaient souvent invités chez les bourgeois parisiens et vice versa.
J. Boucher  : Oui, il y avait une vraie sociabilité. C’est Catherine de Médicis qui écrit que son fils et la jeune reine vont danser deux fois par semaine dans les bonnes maisons de Paris. Ils avaient exprimé à quelques éminents Parisiens le souhait d’être invités à ce genre d’amusements, et on ne manquait pas de le faire. Naturellement.
C. zum Kolk : Vous évoquez aussi les mariages qui lient les deux milieux, symboles de carrières réussies dont vous présentez les étapes : un marchand parisien qui veut faire son chemin tente d’abord de devenir fournisseur de la cour. S’il réussit, il commence à prêter de l’argent et se fait banquier. Les gains et relations obtenus lui permettent d’acquérir un office ou une charge qui anoblit, et de faire, si possible, un mariage dans la noblesse. Une fois ce chemin parcouru il se retire des affaires pour « vivre noblement ».
J. Boucher  : Voilà [rit].
C. zum Kolk : Il y a bien d’autres sujets dont on pourrait parler : la culture livresque, les festivités, la religiosité... peu de sujets relatifs au monde curial vous ont échappés. Mais quel a été pour vous le sujet ou l’apport le plus important de votre étude ?
J. Boucher  : Une fois j’ai terminé un article en disant que cette cour reflétait la civilisation baroque que l’on avait surtout taxée de décadente. Le mot « baroque » a un mauvais sens en Français : bizarre, grotesque, pas rationnel… En réalité, cette cour avait une civilisation qui était pleine de vie et d’originalité. Avec beaucoup

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d’apports étrangers qu’on assimile peu à peu, en y mettant un esprit français. Ce n’était pas une civilisation de décadence, mais une civilisation créatrice. Et Henri III présidait facilement ce milieu créateur parce que lui-même était créateur. Seulement, en étant créateur, il s’est mis en porte-à-faux avec les gens de son temps qui n’ont pas compris ces « bizarreries ».
C. zum Kolk : Parlons maintenant de vos conditions de travail et la suite de votre carrière.
J. Boucher  : Les premières années n’étaient pas faciles parce que je continuais à enseigner au lycée. Ensuite, en 1973, je suis devenue assistante en histoire moderne à l’université de Lyon, devenue Lyon 2 peu après. C’est le moment où l’université s’est scindée [17]. En 1977 j’ai soutenu ma thèse qui fut éditée en 1981 par l’atelier des thèses de l’université de Lille en quatre volumes. Cette publication m’a fait connaître parmi les historiens modernistes. Vers 1985, je suis devenue maître de conférences, puis en 1988 professeur - d’abord de deuxième classe, puis de première classe en 1995, peu avant que je prenne ma retraite en 1998. Mon avancement a été lent, aussi parce que j’avais des relations extrêmement difficiles avec un certain nombre de mes collègues. C’était la guerre ouverte entre l’université à laquelle j’appartenais, Lyon 2, et l’université Lyon 3. Il m’est arrivé plusieurs aventures que je ne vais pas raconter en détail, mais ça aurait pu très mal finir.
C. zum Kolk : Est-ce la raison pour laquelle la thèse n’a pas été éditée par une maison d’édition commerciale ?
J. Boucher  : À l’époque de la soutenance, il existait un programme de subventions de l’État pour l’édition de thèses. Il fallait présenter un dossier de demande, avec le concours de son département. On m’a fait comprendre qu’on ne me soutiendrait pas en cela et que le résultat serait négatif. Il faut comprendre : je n’ai fait partie d’aucune équipe de recherche. D’autre part, mon sujet de thèse était un sujet grotesque pour des personnes orientées politiquement comme certains de mes collègues l’étaient.
C. zum Kolk : On voit très bien comment malgré cette édition plutôt confidentielle votre livre a fait son chemin. Prenons pour exemple Jean-François Solnon qui a publié son livre sur la cour de France en 1987 [18] ; il vous cite à plusieurs reprises.
J. Boucher  : Il m’a envoyé un exemplaire en me disant : « Je vous dois beaucoup. » Peu après il sortait son Henri III [19].

L’édition des lettres d’Henri III

C. zum Kolk : On vous considère aussi comme une spécialiste d’Henri III, ce qui vous a valu en 1994 une proposition de la part de la Société de l’Histoire de France.
J. Boucher  : Oui, on m’a demandé de continuer l’édition des lettres de ce roi. Michel François, qui avait donné les trois premiers volumes, était mort en 1981. Il avait déjà préparé le tome IV des lettres et la Société, M. Barbiche [20] en particulier, avait décidé qu’il fallait l’éditer. M. Barbiche s’était associé avec un chartiste, M. Zuber et ils ont sorti le tome IV ensemble. Ensuite, M. Zuber, qui n’était pas très content de sa situation, a reçu la proposition de prendre la tête des archives de la RATP à Paris. Il a accepté et a dit à la Société de l’Histoire de France de trouver quelqu’un d’autre pour continuer l’édition des lettres d’Henri III. C’était en 1994. Le secrétaire de la Société était Philippe Contamine [21] qui avait eu connaissance de ma thèse. Il a parlé avec M. Barbiche et ensemble ils m’ont proposé de reprendre l’affaire, ce que j’ai accepté. J’aurais été contente de former une équipe autour de moi et j’ai essayé d’avoir au moins un associé, mais tout le monde s’est défilé. On m’a dit : « Non, vous avez meilleur compte d’être seule. Vous mènerez ça à votre guise. »

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C. zum Kolk : Et c’est ce que vous avez fait ?
J. Boucher  : C’est ce que j’ai fait. J’ai publié les tomes cinq, six et sept. Le huitième est en route. Il comprendra les lettres de seulement une année et demie, les derniers dix-huit mois de vie de Henri III. On produira ensuite un supplément général, des lettres qui n’étaient pas connues quand les précédents volumes ont été faits, ou qui n’avaient pas pu être datées à ce moment-là. Il y a souvent un problème de datation.
C. zum Kolk : C’est étonnant parce que dans la deuxième moitié du XVIe siècle les lettres sont souvent datées ?
J. Boucher  : Oui, ça se faisait, mais pas toujours en ce qui concerne Henri. En particulier les lettres à Villeroy, très importantes au point de vue politique : il met souvent « ce vendredi », « ce jeudi ».
C. zum Kolk : C’est embêtant.
J. Boucher  : Très. Donc, on n’avait pas osé publier ces lettres puisqu’on n’arrivait pas à les dater. Je les ai recueillies, et j’ai essayé de leur attribuer une date d’après leur contenu, en mettant en note que c’était une supposition.
C. zum Kolk : C’est ce qu’on a fait aussi avec les lettres de Catherine de Médicis, qui sont reproduites en entier, pas sous forme de compte rendu. Michel François a décidé de reproduire les lettres d’Henri III uniquement quand il s’agissait d’un écrit autographe du roi…
J. Boucher  : Oui. J’ai repris cette méthode.
C. zum Kolk : Est-ce que les lettres éditées proviennent toutes du fonds Champion ou est-ce qu’il y a eu de nouvelles trouvailles, est-ce que le fonds a été élargi ?
J. Boucher  : Il y a eu du nouveau. Les copies Champion ont été faites dans les fonds d’archives français et étrangers. Mais des lettres d’Henri III, envoyées à des mignons ou à des gens dont il essayait de s’assurer la fidélité, ont été conservées par des familles aristocratiques françaises.
C. zum Kolk : Elles faisaient donc partie de fonds privés.
J. Boucher  : Oui. Et elles apparaissent de temps à autre lors de ventes de manuscrits privés. M. Barbiche suit ces ventes, il est à Paris, il peut le faire. Moi, c’est plus difficile.
C. zum Kolk : C’est certain. Parlons à la fin d’une dernière édition, celle de votre thèse qui a été rééditée par la maison Honoré Champion en 2007…
J. Boucher  : Je fréquente un groupe de travail que j’appelle généralement « le groupe de Saint-Étienne » parce qu’il y a beaucoup de mes anciens collègues de l’université de Lyon 2-Saint-Étienne avec qui j’ai eu d’excellentes relations [22]. Un jour j’ai trouvé une lettre des éditions Champion dans ma boîte aux lettres. « Nous éditons en ce moment des thèses soutenues il y a longtemps qui n’ont pas été publiées correctement » disait-elle. « On nous a signalé la vôtre. Voulez-vous nous la confier ? » J’ai lu ça trois fois. C’est peut-être une plaisanterie ? J’ai répondu prudemment en disant que j’acceptais le principe. Et voilà comment c’est arrivé… c’est ce groupe de travail qui avait signalé ma thèse et qui m’a ainsi aidée à obtenir une véritable édition.
C. zum Kolk : Madame Boucher, je vous remercie pour cet entretien.

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Articles de Jacqueline Boucher sur Cour de France.fr

L’évolution de la maison du roi : des derniers Valois aux premiers Bourbons

Notes

[1Adrien Mondièz, Cours de physique industrielle, École centrale lyonnaise, 1924.

[2Richard Gascon (1913-1982), historien, professeur au Lycée Ampère (1945) puis assistant (1959) et professeur (1964) à la Faculté des Lettres de l’université de Lyon. Spécialiste de l’histoire économique et sociale ainsi que de l’histoire de Lyon. Co-fondateur du Centre d’histoire économique et sociale de la région lyonnaise (avec Pierre Léon et René Fédou en 1964 ; il s’agit de l’ancêtre de l’actuel Centre Pierre Léon). Publications majeures : Grand commerce et vie urbaine au XVIe siècle : Lyon et ses marchands (environs de 1520-environs de 1580) Paris, EHESS, 1971 et, avec Pierre Chaunu, Histoire économique et sociale de la France Paris, PUF, 1977, 4 volumes.

[3Pierre Champion (1880-1942), archiviste paléographe et historien. Fils d’Honoré Champion, fondateur de la maison d’édition du même nom. Spécialiste de l’histoire littéraire et politique du XVe siècle (études sur François Villon, Charles d’Orléans, Jeanne d’Arc et Louis XI) avant de se tourner vers l’étude du XVIe siècle, entres autres grâce à l’influence de son ami Pierre de Nolhac. Champion projette dès 1937 d’écrire une biographie d’Henri III et réunit une documentation considérable à ce sujet. Sa mort ne lui permit pas d’assister à la parution des deux premiers volumes (Henri III, roi de Pologne, 1573-1574, Paris, Grasset, 1943).

[4À partir de la réforme Fouchet (1966) on distingue le doctorat d’État (né avec la loi de 1808) et le doctorat de 3e cycle qui est apparu avec le troisième cycle d’enseignement en 1958. La préparation d’un doctorat de 3e cycle durait en moyenne deux ans, celle d’un doctorat d’État quatre à sept ans.

[5L’histoire des mentalités est née de la rencontre de l’anthropologie historique, de l’histoire sociale et de l’histoire culturelle. Elle a été promu par Marc Bloch et Lucien Febvre et devient un courant dominant de la recherche française dans les années 1960-70. Son objet d’étude est l’histoire des représentations collectives et des structures mentales (sensibilités, croyances, sentiments, l’imaginaire…) ; il s’agit avant tout de démontrer le rôle joué par ces phénomènes dans l’évolution des sociétés. Un grand nombre de travaux historiques de nature très diverse y font référence et peuvent y être rattachés, par exemple Fernand Braudel, Grammaire des civilisations (1963), Michel Vovelle, Piété baroque et déchristianisation en Provence au siècle des Lumières (thèse, 1973) ; Arlette Jouanna, L’Idée de race en France au XVIe siècle et au début du XVIIe (thèse, 1975) ; Philippe Aries, L’Homme devant la mort (1977)…

[6Norbert Elias, La société de cour, Paris, Calmann-Lévy, 1974.

[7Insinuations du Châtelet : L’ordonnance de Villers-Cotterêts institua en 1539 l’enregistrement obligatoire de toutes les donations entre vifs aux greffes des justices royales. La pratique de l’insinuation est à l’origine des registres Y 86 à 276 des Archives Nationales où l’on trouve (entre autres) des donations, des lettres d’anoblissement, de légitimation, de naturalité, d’érection en titre de dignité, des concessions de justice.

[8Un des premiers chercheurs à explorer la correspondance des envoyés de Mantoue a été Marc H. Smith (voir deux de ses articles réédités sur Cour de France.fr : « Familiarité française et politesse italienne au XVIe siècle. Les diplomates italiens juges des manières de la cour des Valois » et « Les diplomates italiens, observateurs et conseillers artistiques à la cour de François Ier ». L’édition de cette correspondance est en cours.

[9Pierre Champion avait légué l’ensemble de ses archives, dont de nombreuses lettres d’Henri III, à la Société de l’Histoire de France dont son père, Honoré Champion, avait été l’éditeur.

[10Michel François (1906-1981), archiviste paléographe et médiéviste, professeur à l’Institut catholique de Paris, la Sorbonne et l’École nationale des Chartes qu’il dirigea de 1970 à 1976. Champion avait légué l’ensemble des lettres d’Henri III à la Société de l’Histoire de France à condition de les publier. En 1959 paraissait le 1er tome, édité par Michel François que P. Champion avait désigné pour cette tâche.

[11La correspondance préparant cet entretien s’est faite par courrier postal.

[12Jacqueline Boucher, Société et mentalités autour de Henri III, Paris, Honoré Champion, 2007, p. 33.

[13M. N. Tommaseo (éd.), Relations des Ambassadeurs vénitiens sur les affaires de France au XVIe siècle, Paris, Imprimerie nationale, 1838, vol. 2, p. 317.

[14Compte rendu publié dans Bibliothèque de l’école des chartes, année 1982, volume 140, numéro 2, p. 320.

[15L’ambassade des nobles polonais fut reçue au Louvre le 21 août 1573.

[16J. Boucher, Société et mentalités…, p. 653.

[17La scission de l’université de Lyon en 1973 résulte des événements de mai 1968, particulièrement violents à Lyon. Le ministre de l’Éducation nationale, Olivier Guichard, annonce en 1969 la création de l’université de Lyon 1 qui regroupe les facultés de sciences et de médecine, et de l’université de Lyon 2 qui regroupe la faculté des lettres, de droit et de sciences humaines. Deux ans plus tard, une scission s’opère à Lyon-II, aboutissant à la création de Lyon 3 (décret ministériel du 26 juillet 1973). Les universitaires décident de leur appartenance : 334 enseignants restent à Lyon 2, et 174 vont à Lyon 3. Voir à ce sujet le rapport Rousso (2004) : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/044000492/index.shtml

[18Jean-François Solnon, La Cour de France, Paris, Fayard, 1987.

[19J.-F. Solnon, Henri III : un désir de majesté, Perrin, 2001.

[20Bernard Barbiche (1937-), archiviste paléographe et historien, professeur à l’École nationale des Chartes de 1977-2004. Spécialiste du règne d’Henri IV et d’histoire religieuse. Voir entre autres : Sully (1978) et Bulla, legatus, nuntius. Études de diplomatique et de diplomatie pontificales (XIIIe-XVIIe siècle) (2007).

[21Philippe Contamine (1932-), historien, spécialiste de la noblesse, du pouvoir et de l’histoire militaire du Moyen Âge. Professeur à l’université de Nancy II, Paris X et Paris IV. Voir entre autres Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge. Études sur les armées des rois de France, 1337-1494 (doctorat, 1972), La France et l’Angleterre pendant la guerre de Cent Ans (1982), De Jeanne d’Arc aux guerres d’Italie. Figures, images et problèmes du XVe siècle (1994), La noblesse au royaume de France, de Philippe le Bel à Louis XII (1997).

[22Institut d’histoire de la pensée classique (UMR 5037-IHPC), dirigé par Pierre-François Moureau.