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Galerie de portraits : les principaux personnages des Mémoires dans les collections du château de Versailles

Nicolas Milovanovic

Milovanovic, Nicolas. Galerie de portraits : les principaux personnages des Mémoires dans les collections du château de Versailles, Cahiers Saint Simon, n° 31, 2003. Iconographie, Versaillaise des Mémoires, p. 50-65.

Extrait de l’article

Le château de Versailles conserve la plus importante collection de portraits peints en France. Une grande partie des principaux personnages des Mémoires y figure, mais la qualité des peintures n’est pas toujours proportionnée à la place que Saint-Simon accorde aux personnes. Certaines lacunes majeures ont été comblées sous Louis-Philippe, pour le musée de l’Histoire de France, mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les portraits contemporains des modèles, donc datant de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle. Nous verrons notamment quelques tableaux dont l’identification ou l’attribution ont varié, pour montrer que la recherche en histoire de l’art progresse et contribue à donner une image plus juste des protagonistes des Mémoires. La modestie de cette étude ne nous permettra pas de détailler les fonctions du portrait dans les Mémoires, nous nous contenterons, sans prétendre à l’exhaustivité, de confronter le texte à l’image peinte. Rappelons qu’au XVIIe siècle plusieurs genres, codifiés depuis la deuxième moitié du XVIe siècle, mettaient en relation étroite le texte et l’image : il s’agit en particulier des devises et des emblèmes. La première édition des Fables de Jean de la Fontaine, parue en 1668, comprenait des gravures de François Chauveau qui donnaient une forme emblématique à l’ouvrage. Saint-Simon, bien-sûr, n’a pas procédé ainsi, mais il est intéressant de le faire a posteriori, justifiant le procédé par la place importante qu’avait l’image aux XVIIe et XVIIIe siècles et dont témoignent plusieurs passages des Mémoires. Saint-Simon a lui-même loué la qualité du portrait de l’abbé de Rancé, qu’il avait chargé Hyacinthe Rigaud de peindre à l’insu du modèle :

[Rigaud] fit un chef-d’œuvre aussi parfait qu’il eût pu réussir en le peignant à découvert sur lui-même. La ressemblance dans la dernière exactitude, la douceur, la sérénité, la majesté de son visage, le feu noble, vif, perçant de ses yeux, si difficile à rendre, la finesse et tout l’esprit et le grand qu’exprimoit sa physionomie, cette candeur, cette sagesse, paix intérieure d’un homme qui possède son âme, tout étoit rendu, jusqu’aux grâces qui n’avoient point quitté ce visage exténué par la pénitence, l’âge et les souffrances.

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