Accueil / Histoire et fonction / Perception de la cour & la royauté / Etudes modernes / Les métamorphoses de Sully, de l’anti-héros au (...)

Les métamorphoses de Sully, de l’anti-héros au grand homme, XVIIe-XVIIIe siècle

Laurent Avezou

Avezou, Laurent. Les métamorphoses de Sully, de l’anti-héros au grand homme, XVIIe-XVIIIe siècle, Albineana, Cahiers d’Aubigné, 26, 2014. Sully, le Ministre et le mécène. Actes du colloque international des 23 et 24 novembre 2012. Réunis par Cécile Huchard, Marie-Dominique Legrand et Gilbert Schrenck, sous la direction de Cécile Huchard, Marie-Dominique Legrand et Gilbert Schrenck, p. 81-95

Extrait de l’article

C’est Voltaire qui a formalisé en 1735 la distinction entre héros et grands hommes : « Vous savez que chez moi les grands hommes vont les premiers, et les héros les derniers. J’appelle grands hommes tous ceux qui ont excellé dans l’utile ou dans l’agréable. Les saccageurs de provinces ne sont que héros ». Pour Freud, la figure du héros plongerait ses racines dans les images sécurisantes que l’enfant s’est constituées au contact de l’un ou l’autre de ses parents. À travers ses capacités démesurées, ce sont leurs propres défaillances que les hommes espèrent dépasser, en l’investissant de la faculté à enfreindre les tabous, à formuler en avance sur la société les engagements auxquels celle-ci aspire inconsciemment. Force est de constater que cette résolution prend souvent la forme de l’exploit guerrier, voire du beau geste gratuit mais mémorable, quand tout est perdu, fors l’honneur. À l’éthique du héros semble répondre terme à terme celle du grand homme, dont l’empathie pour le genre humain, l’aspiration à le servir, l’oeuvre de paix, s’opposent à l’esprit martial de dépassement et de domination incarné par le héros. L’opposition ne vaut que jusqu’à un certain point, car le héros comme le grand homme sont des projections mythiques éminemment sociales, existant « à la faveur de la société et en sa faveur ». Chaque société a remodelé à sa manière cette ambivalence que Voltaire n’a nullement inventée (qu’on pense à l’écart entre le preux des chansons de geste du XIIe siècle et le prud’homme des romans courtois du XIIIe, entre Roland et Saint Louis, en somme), quand elle n’en proposait pas le dépassement dans la figure du roi, tout à la fois guerrier et nourricier.

Lire la suite (persee.fr)