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Prosopographie, dites-vous ?

Robert Descimon

Descimon, Robert, « Prosopographie, dites-vous ? », Hypothèses, vol. 18, no. 1, 2015, p. 335-342.

Extrait de l’article

Au terme d’une demi-journée d’étude bien remplie, on ne pouvait pas réprimer son admiration devant des communications savantes, informées, maîtrisées. Qui se plaindrait que les mariés et mariées soient trop belles ? Je me sentais honoré que ces jeunes chercheurs m’aient demandé de conclure les débats qu’avaient suscités leurs travaux. Mais l’introduction de Pierre-Marie Delpu a déjà présenté et illustré les communications qui font la matière de la présente publication. Que me reste-t-il à ajouter ? On pourrait partir d’un constat qui n’engage guère à la polémique : la prosopographie a été une des voies qui a permis de rénover l’histoire sociale. Une telle proposition laisserait ouverte la question des pourquoi et des comment, qu’il convient de poser dans le contexte particulier de la recherche historique telle qu’elle s’est faite et se fait au sein des universités françaises.

A posteriori et pour tâcher de remplir le contrat, c’est à cette question que je vais m’attacher.

Le mot « prosopographie » n’est pas des plus heureux et nos ordinateurs continuent de le stigmatiser par un trait ondulé rouge. L’historien en fait un usage qui a détourné les significations savantes antérieures, significations elles-mêmes marquées d’une fragilité certaine. Louis Marin, à propos des Descriptions de divers ouvrages de peinture faits pour le Roi de Félibien (1671) notait l’absence dans ce recueil du tableau de Louis XIV par Lebrun et son remplacement par un texte qui le décrivait : « la portraiture d’un portrait, précisément une prosopographie du roi ». Voilà sans doute le mot employé en sens propre. Prosopographie est donc un terme technique qui a été coupé de toutes ses racines philologiques par un anonyme coup de force originel, auspices dont il faut avouer qu’ils rendent malaisée une fondation critique.

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