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Chartes et pouvoir au Moyen Âge

Benoît-Michel Tock

Benoît-Michel Tock, "Chartes et pouvoir au Moyen Âge", dans Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, année 2005, numéro 9.

Extrait de l’article

Le projet “Chartes et pouvoir”, déposé par quelques médiévistes français et soutenu par le Réseau des Maisons des Sciences de l’Homme, veut répondre à deux lacunes dans l’étude des chartes médiévales.

La première de ces lacunes est la rareté des études consacrées aux liens entre l’acte et le pouvoir. Ces liens sont pourtant nombreux. Le fait même de délivrer un acte est révélateur. Tout le monde ne peut pas le faire, ou le faire de la même façon. Au haut Moyen Âge (VIe-Xe siècle), les actes royaux se distinguent nettement des actes des particuliers (y compris ecclésiastiques), tandis que les actes des évêques et, à partir du Xe siècle ceux des princes, constituant une catégorie intermédiaire. Les XIe et XIIe siècles constituent la période la plus discriminante : l’adoption du sceau par les évêques, puis par les princes, leur donne pendant quelques décennies un quasi-monopole sur l’acte écrit (à côté des rois et du pape, évidemment), jusqu’à ce que progressivement le sceau, et donc l’usage de l’écrit, se soient diffusés dans de très larges couches de la société. Donner une charte est alors un vrai signe de pouvoir. Par la suite, la discrimination se déplacera vers le terrain de la juridiction gracieuse, à laquelle seuls prétendront au début les évêques et peut-être les princes, ensuite d’autres pouvoirs, y compris des pouvoirs émergents, comme les villes.

Le contenu juridique des actes ne doit pas être interprété en termes uniquement économiques et sociaux. Il y est question de terres, de dîmes, de droits, de redevances ; de litiges, de procès, d’hommages, d’autorité aussi. Les actes consignent donc, voire provoquent, des affrontements, qui peuvent avoir comme issue une soumission volontaire (l’hommage) ou involontaire (le procès, la sentence). Ils reprennent aussi les noms, parfois par dizaines, de témoins : ce sont, selon les époques, des proches des auteurs ou des bénéficiaires. Mais dans les deux cas ils révèlent des réseaux qui sont forcément des réseaux de pouvoir et de fidélité.

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