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Le point de vue de Saint-Simon sur les rangs

Jean Duquesne

Duquesne, Jean. Le point de vue de Saint-Simon sur les rangs, Cahiers Saint-Simon, n° 27, 1999. Idées d’opposants au temps des Mémoires, p. 71-78.

Extrait de l’article

L’auteur des Mémoires a été très souvent l’objet de commentaires ironiques à propos de son extrême sensibilité aux questions de préséance et de la passion qu’il déploya à combattre ses compétiteurs. Cette passion mérite cependant le respect car elle nous a valu d’admirables textes. Aussi, semble-t-il souhaitable d’essayer de comprendre, après plus de deux siècles, le pourquoi et le comment de ce comportement dont beaucoup s’étonnent aujourd’hui, peut-être avec quelque hypocrisie. Mais pour tenter d’expliquer le pourquoi, il conviendra auparavant d’exposer le plus objectivement possible le comment, c’est-à-dire la « mécanique » des préséances qui préoccupèrent si fort Louis de Rouvroy, deuxième duc de Saint-Simon. Celui-ci a lutté en effet toute sa vie contre quatre groupes institutionnels, les princes légitimés, les princes étrangers, les possesseurs de pairies dites « femelles » et les présidents au Parlement de Paris qui empiétaient ou risquaient d’empiéter sur son rang et ses prérogatives. Avant d’examiner plus avant leurs prétentions, il sera bon de préciser quelle était la situation de ce haut et puissant seigneur à la cour de France.

Claude de Rouvroy, père du mémorialiste, fut fait duc de Saint-Simon et pair de France par lettres patentes de janvier 1635, enregistrées au Parlement le 1er février suivant. Reçu le même jour, il se trouvait ainsi être le vingt-sixième pair laïc après les princes du sang. Ceux-ci, depuis l’édit de décembre 1576 étaient pairs de France nés et entraient au Parlement dès l’âge de quinze ans. Le premier duc de Saint-Simon cédait alors le pas aux ducs-pairs recensés dans le tableau I.

Les six pairs ecclésiastiques, qui siégeaient à la gauche du Roi lors des lits de justice, formaient un rang particulier qui ne portait guère ombrage aux ducs-pairs laïcs. Ceux-ci étaient assis quant à eux à la droite du Roi, après les princes du sang.

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