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Emotions en politique

Barbara H. Rosenwein

Barbara H. Rosenwein, "Emotions en politique", dans Hypothèses, année 2001, numéro 1, pp. 315-324.

Extrait de l’article

Les spécialistes d’histoire politique ont peu écrit sur les émotions, concentrant leur intérêt sur des sujets plus durs, plus rigoureux tels que les gouvernants, les guerres, la diplomatie ou les bureaucraties. Pourtant les émotions sont la clef de la vie politique actuelle et, au Moyen Âge aussi, elles y ont eu une grande importance.

Commençons par le présent. Qu’ils appartiennent ou non, de fait, à son registre, les actes politiques sont aujourd’hui décrits avec le vocabulaire de l’émotion. J’ai commencé à travailler à cet exposé au milieu d’octobre 2000, alors que Palestiniens et Israéliens s’opposaient dans une guerre véritable et que le seul espoir à l’horizon était une réunion en Égypte, où une trêve serait discutée. Dans le New York Times, Yasser Arafat et Ehoud Barak étaient décrits comme « irrités et chagrinés ». Le reporter parla de « la peur d’un élargissement du conflit ». À Trappes, tout près de Paris, une synagogue fut incendiée. Michel Mimouni, président de l’association juive locale, en attribua l’attaque à des Arabes du lieu, donnant comme explication : « Ils sont au chômage et sont en colère ».
Ces exemples montrent que la politique actuelle, particulièrement dans les périodes de violence et de crise, appelle un certain type de discours fortement émotionnel. La colère, le chagrin et la peur, très habituellement associés à la vie politique, sont en général classés parmi les émotions archétypes. Bien que les psychologues modernes diffèrent assez radicalement sur le nombre d’émotions qu’ils conviennent de considérer comme essentielles ou fondamentales, la colère et la peur apparaissent presque toujours dans leurs listes.

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