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La représentation de la vie sexuelle chez Saint-Simon

Marc Hersant, Delphine Mouquin de Garidel

Hersant, Marc, Mouquin de Garidel Delphine. La représentation de la vie sexuelle chez Saint-Simon, Cahiers Saint Simon, n° 42, 2014. Eros chez Saint-Simon. Journée d’études du samedi 8 mars 2014, p. 1-8.

Extrait de l’article

La question de la représentation de ce que nous appelons aujourd’hui — le terme est bien sûr anachronique — « sexualité » dans l’œuvre de Saint-Simon n’a guère jusqu’à présent suscité de travaux systématiques : il faut dire d’abord que les sujets des monographies récentes qui lui ont été consacrées ne s’y prêtaient guère, qu’il s’agisse de celle de Marie-Paule Pilorge sur la place du lecteur dans les Mémoires de François Raviez sur l’imaginaire diabolique de l’œuvre, de Delphine de Garidel sur sa dimension narrative et historiographique, de Juliette Nollez sur sa composante rhétorique, ou encore de Marc Hersant sur le « discours de vérité » des Mémoires . Il faut dire aussi, et l’un explique l’autre, que l’écrivain est beaucoup plus célèbre pour ses obsessions ducales que pour des confidences érotiques qu’il s’interdit absolument, sa propre sexualité étant un non-sujet absolu de ses Mémoires et du reste de son œuvre, au point qu’une critique d’orientation psychanalytique ait pu chercher dans ses fameuses extases du Lit de Justice de 1718 une forme de sexualité perverse ou détournée qui en serait la seule compensation. Il faut dire enfin que la tradition critique relative à Saint-Simon a été elle-même parfois pudibonde, et que les rares commentateurs qui ont osé envisager son œuvre à travers la question de la sexualité, comme Alphonse de Waelhens ou, dans une moindre mesure, Guy Rooryck, n’ont pas toujours été en leur temps très bien accueillis. Cependant, la place accordée par les mémorialistes à l’évocation de la vie du corps suscite de plus en plus d’intérêt, dans une optique d’approche anthropologique du corpus, un colloque ambitieux étant en préparation sur ce sujet à Clermond-Ferrand et à Nantes. Et, dans les études proprement saint-simonistes, la thèse en cours de Damien Crelier, qui porte sur les passions, devrait rencontrer frontalement le sujet. Après « Voltaire et le sexe », thème d’une Journée Voltaire à la Sorbonne, au tour des saint-simonistes d’observer à quel point l’œuvre de Saint-Simon est un riche témoignage, volontaire pour une part, involontaire pour une autre part, sur la vie sexuelle des élites de son époque. Car s’il est évidemment tout le contraire d’un écrivain libertin, son génie du blâme l’amène parfois à décrire, pour les stigmatiser, des mœurs qu’il juge déplorables ; de manière plus profonde encore, son goût pour la singularité, qui a été le sujet de la Journée Saint-Simon 2013, organisée par Marie-Paule de Weerdt-Pilorge, l’amène à intégrer les phénomènes de la vie sexuelle à la collection de bizarreries qu’est, à un certain niveau, son œuvre d’historien, de généalogiste et de mémorialiste.

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